Samedi 5 janvier 2008
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2ème partie
Ma découverte m’avait littéralement assommée mais ce que Michael me demandait de faire état carrément impensable. Aucune personne ayant toute sa raison et une conscience professionnelle ne
pourrait rendre un tel service. Alors pourquoi cela arrivait-il à moi ? Moi qui était si droite, qui m’acharnais à faire mon travail le plus sérieusement du monde, à respecter les règles à la
lettre… Après ma cure de désintoxication, je m’étais jurée de faire tout au mieux pour moi et pour les gens qui m’entouraient. J’avais rassemblé tout le courage qui me restait pour reprendre ma
vie en main et repartir à zéro. Mais apparemment, cette fois encore, le destin était décidé à me bousculer… me déstabiliser en me forçant à prendre une décision qui changerait une nouvelle fois,
j’en étais certaine, le cours de ma vie.
« Faire ce qui est juste », me répétai-je en collant mon front contre la vitre de la salle de pause. Est-ce que
bafouer les règles du pénitencier pour sauver un homme innocent de la mort était juste ? Est-ce que risquer de perdre le seul travail qui m’avait redonné un nouveau départ était juste ? Est-ce
que la mort de ma mère, celle de Cooper était juste ? Autant de questions insensées me traversaient l’esprit à cet instant. J’avais essuyé tellement de sombres événements ces dernières années que
j’en avais perdu le sens du mot : « juste ». Car aussi tristes que pouvaient être ces coups durs, je n’avais fait que les subir sans avoir eu la moindre chance de contrôler les choses. Et voilà
que cette fois, le luxe du choix se posait entre mes modestes mains.
J’avançais d’un pas lent, presque absent jusqu’à mon bureau et m’assis tout aussi timidement. Je fixais le téléphone qui se dressait devant moi comme l’objet de ma décision. Cette
fois-ci, Katie n’arriva pas en trombe dans la salle pour m’interrompre. Bellick ne se tenait pas sur le pas de la porte à m’observer pour m’inviter une nouvelle fois à dîner. J’étais seule…
seule avec moi-même, prête à assumer la décision qui murissait dans ma tête depuis la première seconde où j’avais écouté avec terreur les paroles de Michael.
- Allô, ici le Docteur Tancredi. Pouvez-vous monter Lincoln Burrows pour son bilan de santé, je vous prie…
- Mais Docteur… Il est seulement planifié pour demain ! Me répondit le gardien.
- Ma journée de demain est surchargée, cela m’arrangerait de l’ausculter maintenant que j’ai terminé ma journée. Expliquai-je.
- C’est vous qui voyez… je vous l’emmène, Doc’.
Je raccrochais en fermant les yeux. Ma voix n’avait pas tremblé et mon visage ne semblait vouloir trahir aucun de mes ressentis.
Lincoln arriva presque aussitôt, encerclé de deux gardiens.
- Merci messieurs. Je vous demanderai de rester dans le couloir. Je vous préviendrai quand j’en aurais terminé.
Les gardiens s’écartèrent du prisonnier et reculèrent dans le couloir.
J’invitais Lincoln à entrer et le fis asseoir en évitant de le regarder.
- Je ne me sens vraiment pas très bien aujourd’hui, Docteur. M’informa-t-il en crispant les traits de son visage.
- Ca suffit Lincoln, je sais tout… Lâchais-je d’une voix froide.
Son air abattu et mal en point laissa immédiatement place à la surprise. Celui-ci était certainement plus habitué à connaître le médecin doux et compréhensif que j’étais en temps normal.
- Ne vous forcez pas à jouer la comédie, Michael m’a tout raconté. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais oublier ce que j’ai vu dans la salle de
pause des gardiens ?
- Je vous en prie, Docteur Tancredi, ne prévenez pas le directeur… S’alarma-t-il. Si vous parlez, je mourrai…
Je détournai la tête. Je ne voulais plus entendre ce mélodrame que j’avais repassé cent fois dans ma tête. Que croyait-il ? Que je prenais mon pied dans cette histoire ? A cet instant, je me
demandais qui avait le plus mauvais rôle dans toute cette histoire… Lui qui voyait la mort se rapprocher à chaque seconde ou moi qui portais son destin ainsi que le mien entre mes mains.
Je me sentis soudain comme un soldat devant exécuter un ordre. Je ne pensais plus.
- Ecoutez-moi attentivement, Lincoln, car je n’aurais pas le courage de répéter ce que je m’apprête à vous dire.
Le jeune homme se figea et me dévisagea. Toute son attention était désormais portée sur moi. Son regard était presque aussi accrocheur que celui de son frère mais celui-là possédait cette marque
indescriptible des sacrifices qui avaient dirigé sa vie.
- Je vais retourner dans le couloir et expliquer aux gardiens que vous êtes souffrant et que je préfère que vous passiez la nuit en observation à l’infirmerie pour établir un
nouveau bilan à la première heure demain matin. Je suppose qu’ils nommeront un gardien pour vous surveiller ici cette nuit… comme la dernière fois. Lançais-je d’une traite.
Pour le reste, c’est à Michael qu’il faudra vous en remettre.
Sur ces mots, je le fixais une dernière fois, comme si j’étais persuadée qu’après avoir passé cette porte, je ne le reverrai plus jamais… ni lui, ni son frère.
J’enfilais mon manteau silencieusement, m’apprêtant à quitter l’infirmerie quand je vis Lincoln s’avancer vers moi. Il attrapa mon bras et me lança un regard plein de gratitude.
- Merci pour tout, Docteur. Vous ne pouvez pas savoir ce que cela représente pour moi et pour mon frère… Dit-il d’une voix douce.
Mon regard croisa le sien mais seul un visage froid et distant lui fit face.
- Adieu Lincoln. Répondis-je d’une voix sans intonation.
Je retirai mon bras et sorti, fermant vivement la porte derrière moi. L’espace d’une seconde, je crus étouffer sous la lourdeur et l’énormité de ce que je venais de faire.
* *
*
Voilà, les gardiens avaient reçu l’ordre de ne pas redescendre Lincoln dans sa cellule et déjà l’un d’entre eux avait été désigné pour le surveiller dans la salle. Il était tard et le directeur
était déjà parti, je savais qu’il ne serait donc pas au courant de cette information avant le lendemain.
Malgré mon air assuré et mon calme, je sentais que j’allais bientôt céder à la panique si je ne quittais pas vite Fox River. En quelques enjambées, j’attrapai mon manteau dans la salle de pause
et longeai le couloir de l’infirmerie, direction la sortie.
- Bonne soirée Docteur ! Lança poliment un gardien.
- Bonsoir. Répondis-je en évitant son regard.
Lorsque je longeais la cour, je courrais presque mais continuais à m’obliger de rester calme. Enfin, je retrouvais ma voiture et m’y engouffrais rapidement. Mes émotions ma rattrapèrent à ce
moment-là, m’empêchant de mettre le contact. Comment avais-je pu faire ça ? Sanglotais-je. A cet instant, je ne savais plus si j’étais un traitre ou un héro. La réalité me gifla de plein fouet.
J’allais perdre mon travail, ce n’était à présent qu’une question d’heures avant que l’évasion ne soit découverte et qu’une enquête révèle mon rôle dans cette histoire. N’importe qui aurait pu
affirmer aujourd’hui ma bonne entente avec Michael Scofield. La pensée de perdre ce travail et la honte d’avoir trahis le Directeur Pope et en un sens mon amie Katie me brisa. Mais bizarrement,
ce n’était rien comparé à la douleur que je ressentais de savoir que je ne reverrais plus jamais Michael.
- Pourquoi ? Murmurais-je entre mes lèvres entre deux sanglots. Qu’est-ce que j’ai fait ?
Mon cœur tapait de plus en plus fort dans ma poitrine, j’aurais voulu hurler l’injustice dont j’étais victime… celle que je m’étais contradictoirement infligée.
Mais je ne devais pas rester là, n’importe qui aurait pu me trouver sur le parking et me voir dans cet état. Je démarrais donc et quittais Fox River certainement pour toujours.
J’étais à présent sur le périphérique bondé de monde qui me ramenait chez moi. Mes mains tremblaient sur le volant et un flot de larme broyait ma vue. Je ne cessais de repasser les derniers
événements dans ma tête, en oubliant presque la route et la circulation. Pourtant j’aperçus des appels de phares derrière moi. Les feux de route de la voiture derrière moi se reflétaient dans mon
rétroviseur, ne me laissant aucune chance de distinguer le visage de son conducteur. Aveuglée aussi bien par mes larmes que par ce torrent de lumière, je repoussais mon rétroviseur.
J’arrivais ensuitesur le pont qui traversait le lac Michigan et constatais que la voiture me suivait toujours. Elle se rapprochait d’ailleurs de plus en plus près de moi. La voiture accéléra
encore, m’obligeant à augmenter ma vitesse. Décidément quel chauffard ! C’était bien ma journée ! Pourquoi ne doublait-il pas sur la gauche ? Me demandais-je. Accélérant encore derrière moi, je
décidais de me mettre moi-même sur la voix de gauche afin de le laisser passer une bonne fois pour toute. Le conducteur donna alors un violent coup de volant sur la gauche, m’obligeant à rester
dans ma voix. Quand je compris que cette personne en voulait alors à moi, tout se passa très vite.
La voiture se rabattit derrière moi et me fonça dedans une première fois. Le choc me fit bondir en avant et perdre le contrôle de la voiture. J’étais à présent à sa merci. Le véhicule accéléra
une nouvelle fois et heurta l’angle de ma voiture qui perdue sa trajectoire et heurta la barrière de sécurité qui se défonça sous l’impact du choc. Ma tête heurta le pare-brise à ce moment-là. Ma
voiture, mon corps et mes pensées plongèrent dans l’infini du lac Michigan. Encore une fois, quelqu’un avait choisi à ma place mon destin.
* *
*
Par Pitchoune
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