Mardi 11 décembre 2007
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1ère partie
Mes heures de sommeils avaient tendances à se raccourcir de plus en plus depuis que Michael Scofield était entré dans ma vie. Mais cette nuit-là, je n’eus même pas le privilège
de sombrer dans les bras de Morphée une seule seconde. Je me tournais et me retournais dans mon lit, encore et encore, froissant un peu plus mes draps qui ne faisaient qu’étouffer mes
angoisses.
Je repassais la scène dans la salle de pause des gardiens une bonne centaine de fois dans ma tête, essayant de comprendre, de réaliser ce qu’il s’était passé… ce que j’avais vu. T-Bag,
C-Note, Abruzzi, Westmoreland, Sucre, Lincoln et Michael autour de la plus épouvantable des découvertes. Un trou dans le sol, qui les mènerait irrémédiablement vers une évasion proche. Et
cette clé que T-Bag m’avait si ignoblement volé… celle de l’infirmerie… comment… pourquoi ? M’énervais-je en agrippant nerveusement les draps entre mes mains.
Des images, des paroles venaient frapper mon esprit à chaque seconde, ne me laissant aucune chance d’échapper à ce que je ne voulais pas comprendre. Bien sûr il s’était fichu de moi ! C’était
évident maintenant… Ces sourires pour m’amadouer, sa femme russe dans une poche, une carte de TP dans l’autre, ce trou qui lui offrait un passage pour la liberté, ajouté à ses longues minutes
à inspecter chaque recoin de l’infirmerie… Ces bribes de souvenirs jasaient dans mon esprit depuis plusieurs heures, me criant ce que je ne voulais m’avouer. Michael Scofield projetait de
s’évader et il était clair que l’infirmerie faisait évidemment parti de son plan. Jamais je n’avais présagé quel homme il était, je m’étais trompée sur toute la ligne, réalisant qu’il était
en fait, bien plus complice de T-Bag, Abruzzi et compagnie que je ne l’aurais cru.
Comment pouvais-je être si aveugle ? Scandais-je tout haut en frappant du poing mon oreiller de rage.
J’aperçus le soleil pointer son nez depuis mon lit. Le matin, déjà ! Soupirai-je exténuée et désorientée. Comment retourner à Fox River après avoir découvert la vraie facette de Michael
Scofield et ce qu’il espérait réaliser à l’aide de ses complices ?
Devais-je alerter le Directeur ? Me demandais-je pour la énième fois alors que j’arrivais à la prison. Si je faisais ça, il était évident que Michael le paierait très cher, et que les
recherches prouvant l’innocence de Lincoln s’arrêteraient aussitôt pour le mener irrémédiablement sur la chaise électrique. Etant moi-même intimement convaincue de son innocence, ma
conscience pourrait-elle supporter un tel sacrifice par simple respect des règles ?
Plus j’avançais, plus mon esprit s’embrouillait. Sur le chemin menant aux bâtiments, je gardais les yeux rivés au sol pour ne pas croiser ceux d’un des détenus concernés par ce terrible
secret. Westmoreland ! Soupirai-je. Comment un homme si bon et si honnête que lui avait-il pu être mêlé à ça ?
- Salut Sara ! On dirait qu’on arrive en même temps aujourd’hui.
- Katie ! Sursautais-je à son arrivée soudaine.
Nous longeâmes le chemin jusqu’à l’infirmerie ensemble. Sa présence ne m’accommodait guère pour une fois. J’avais trop peur qu’elle ne lise sur mon visage le malaise qui m’habitait à cet
instant. Mon amie me connaissait décidément trop bien et je peinais de plus en plus pour me cacher lorsque ça n’allait pas.
- Dis-donc, tu n’es pas très bavarde toi aujourd’hui, ça va comme tu veux ?
- Ca va Katie. Je suis juste fatiguée. Répondis-je sans prendre la peine de la regarder.
- Je te crois, tu n’as vraiment pas bonne mine, tu aurais bien besoin de vacances !
Enfin, nous arrivâmes dans le couloir de l’infirmerie.
- Ah ! S’exclama-t-elle joyeusement. J’en connais un qui va te redonner la pêche, ma jolie !
Katie me sourit en désignant Michael qui attendait au bout du couloir devant la porte de la salle d’examen. La pauvre Katie était loin d’imaginer qu’au lieu de me faire plaisir, cette vision
provoquait en moi une boule au ventre tenace et une incontrôlable envie de fuir.
Pourtant je devais y aller… Trop de regards dans cette infirmerie étaient rivés sur moi pour que je puisse prendre mes jambes à mon cou en évitant les soupçons. Cette fois, je devais
maîtriser toute cette colère et cette déception qui pourtant ne demandaient qu’à exploser. Je devais marcher lentement jusqu’au bout du couloir pour le rejoindre et le faire entrer dans la
salle.
Lorsque la porte serait enfin refermée derrière nous alors, je ne serais plus la même femme.
* *
*
Une fois à l’intérieur de la pièce, je refermais la porte derrière moi et fermais les yeux une seconde pour me donner la force de ne pas succomber à ces savantes tentatives d’amadouement
à mon égard.
- Je suis heureux de te voir ! J’ai eu tellement peur que tu ne demandes à quelqu’un de te remplacer aujourd’hui… Soupira-t-il.
Lorsque je me retournais face à lui, toute trace de sourire sur mon visage avait disparu, mon regard frôlait le sol et mes sourcils reflétaient alors toute la colère et le désarroi que je
pouvais ressentir à cet instant. L’homme en face de moi m’apparut soudain comme un inconnu qui aurait pénétré par effraction dans ma vie.
- Ne compte pas sur moi pour entrer dans ton jeu plus longtemps Michael. Lâchais-je d’une voix froide.
- Je vais tout t’expliquer…
- Ne te donne pas cette peine ! Je crois que j’en ai assez vu pour comprendre… Je… je n’ai pas de mots pour te dire combien je suis écœurée de réaliser à quel point je me suis
trompée sur ton compte…
- Non Sara, non ! Intervint-il aussitôt en avançant vers moi.
Je lui fis signe de rester où il était. Je n’étais absolument pas d’humeur à ce qu’il essaye une nouvelle fois de « m’apprivoiser ».
- Depuis combien de temps projetais-tu de t’évader ? Questionnais-je, tête baissée.
Je l’entendis soupirer de loin. Et allez savoir pourquoi mais cette fois, j’avais l’intime conviction qu’il s’apprêtait à me dire la vérité. Mais quoi de plus normal maintenant que
j’avais tout découvert ? Songeais-je, amère.
- Depuis le premier jour. Lâcha-t-il. Tu avais raison Sara, je ne suis pas un criminel, je n’ai rien à faire en
prison, si ce n’est… pour tenter de sauver mon frère…
Aussitôt je relevais la tête, croisant son regard pour la première fois depuis le début de notre discussion. Comment discerner le vrai du faux à présent ? Michael s’était-il réellement
fait emprisonner à Fox River pour sauver la vie de son frère ? Rien ne pouvait me certifier qu’il disait vrai mais à cet instant, et sans savoir vraiment pourquoi, je sentis qu’il était
honnête.
- Mon frère est innocent, Sara. Il est le seul être au monde qu’il me reste et crois-bien que je préfère sacrifier ma liberté plutôt que de le
savoir exécuté sur une chaise électrique. J’ai absolument tout prévu pour notre évasion avant d’atterrir ici. Continua-t-il sans lâcher mon regard. Le plan de
la prison, la marche à suivre, tout est tatoué sur mon corps…
Une grimace se dessina sur ma figure, folle de comprendre enfin ce que signifiaient ces tatouages insensés qui parcouraient tout le haut de son corps.
- Je possédais tous les éléments pour mener à bien ce qui pourrait bien être la seule chance pour Lincoln d’arrêter de compter les jours qui lui
restent à vivre… Tout sauf…
- … la clé… Le stoppais-je involontairement en laissant glisser de ma bouche l’évidence. Tu avais besoin de la clé de l’infirmerie et tu as
demandé à Nika de…
- Je lui en avais parlé c’est vrai, mais sachant ce qu’il s’était passé entre elle et toi, je lui ai demandé de ne rien faire… jamais je ne lui aurais dit de te voler la
clé… pas plus qu’à T-Bag…
- C’était toi. Réalisais-je, estomaquée par ces révélations. C’était toi qui aurais dû me la subtiliser… alors pourquoi ne l’as-tu pas fait ?
Au son de mes mots, Michael détourna le regard et baissa la tête comme s’il ne pouvait plus regarder ma mine déconfite et la déception qui se lisait sur mon visage.
- Je n’ai pas pu… Sara, tu es bien le seul élément dans toute cette histoire que je n’avais pas prévu…
- Je t’en prie, épargne-moi les violons. Je te faisais confiance et tu m’as trahi.
Michael s’éloigna encore un peu plus de moi. Il semblait de plus en plus affecté par mes mots, comme s’il réalisait enfin ce que son mensonge provoquait.
- Plus les jours passaient, plus cela devenait difficile de te cacher tout ça… Soupira-t-il. Mais je devais le faire. Crois-moi Sara, j’ai
surmonté bien des épreuves depuis que je suis ici, mais c’est toi qui m’a le plus affecté… lorsque je t’ai vu l’autre jour en isolement… que tu as cru que j’avais voulu… me pendre, tu
étais si bouleversée….
- … Mon Dieu, non… Laissais-je échapper dans un soupir horrifié.
Atterrée par cet aveu, mon masque de fer tomba net, laissant apparaître sur mon visage une tristesse et une déception trop personnelle, trop intime à mon goût… Jamais Michael n’avait
tenté de se pendre, cela n’avait été qu’une étape de plus à son plan. Il croisa à cet instant mes yeux de biche meurtris et baissa la tête pour ne plus les voir le dévisager sans pitié.
Mal à l’aise, il se retourna face à la fenêtre par laquelle il avait déjà tant regardé.
- Ca m’a foutu en l’air de te voir comme ça à cause de moi… j’aurais voulu tout te dire à ce moment là, j’aurais tant voulu te…
- Tu n’avais pas le droit ! Suffoquais-je, bouleversée. Comment peux-tu jouer avec les sentiments des gens…
- Pardon… Murmura-t-il, la tête appuyé contre la vitre de la fenêtre. Pardon pour tout ça…
Je me sentais blessée, trahis, abusée mais par-dessus tout ridicule… Je m’en voulais cruellement de m’être laissée avoir par cet homme qui n’avait finalement jamais levé le voile sur la
personne qu’il était vraiment. Mon cœur se serra à la seule pensée qu’il avait pu être faux avec moi… moi qui l’avait écouté, épaulé depuis le tout premier jour ! Mais avait-il seulement
été une seule fois honnête et sincère envers moi ? Me demandais-je en l’observant. Et son baiser… Soupirai-je tout en sachant que je n’aurais aucune réponse aux questions qui fusaient
dans ma tête.
- J’ai besoin de ton aide… une dernière fois… Reprit-il.
- Je me suis battue avec mes armes pour t’aider… pour aider ton frère. Lançais-je. Crois moi j’ai fait tout ce que j’ai
pu. Que veux-tu de moi à présent Michael ?
- Il faut que Lincoln sorte de sa cellule… il faut qu’il soit transférer à l’infirmerie.
- Comment ?
- Comme la dernière fois. Répondit-il.
Cette réponse n’appelait pas d’autres explications à l’évocation de cette nuit où Lincoln avait été transféré d’urgence à l’infirmerie pour un mystérieux mal de ventre. A présent, il n’y
avait plus aucun doute sur le fait que cet événement aussi avait fait parti de son plan.
- Mais cette nuit, nous serons là et nous partirons…
- Je ne peux pas. Soufflais-je en réalisant ce qu’il me demandait.
- Je t’en prie Sara, demandes à ce qu’il reste passer la nuit à l’infirmerie.
- Peu importe si je le faisais, il y aura forcément un gardien pour le surveiller ! Continuai-je.
- Nous serons sept hommes à entrer à ce moment-là, je ne pense pas qu’il veuille jouer au héro.
Je secouais la tête devant sa requête. Il était évident que si cet arrangement venait à être découvert, je perdrais non seulement mon travail mais j’aurais aussi très certainement de gros
ennuis avec la justice. Pourtant mon cœur ne cessait de me pousser à aller dans sa direction et ma raison vers celle de son frère que je savais innocent.
Toute ma vie,
j’avais recherché à faire
les choses bien.
Etait-ce là une occasion qui se présentait à moi ?
Devais-je payer ce coup d’état de mon avenir
pour sauver un seul homme ?
Pourquoi continuer à me voiler la face ? C’était moi qui n’avais pas cessé de lui venir en aide alors qu’il avait tenté mainte et mainte fois de me repousser, de m’écarter le plus
possible de son plan et de lui… Tout était de ma faute… Réalisais-je. Si j’avais su rester à ma place, jamais je ne sentirais mon cœur se fendre peu à peu dans ma poitrine à cet instant.
Mais alors que s’était-il passé ? Me demandais-je. Comment avais-je réussis à me retrouver dans cette terrible situation ? Qu’avais-je fais pour qu’il finisse par baisser les armes et
s’ouvrir à moi ?
Fâchée autant contre lui que contre moi-même, je secouais la tête en me pinçant les lèvres, ne sachant comment conclure ce discours. Pourtant il fallait que j’achève cette discussion…
vite… très vite avant que la situation ne m’échappe plus qu’elle ne m’échappait déjà… avant que je ne trouve plus les mots ou pire… que je lui pardonne.
Ma main se posa sur la poignée de la porte. Michael fit volte face à cet instant.
- Ca n’était pas sensé se passer comme ça… Déclara-t-il d’une voix affectée.
- Ah oui, et comment cela aurait-il dû se passer ? M’emportais-je en relâchant la poignée pour lui faire face de toute ma hauteur.
Michael quitta la fenêtre et approcha à petits pas, la tête baissée.
- Sara, c’est moi qui aurais dû te séduire… au lieu de ça, c’est moi qui ai été séduit.
Cette phrase m’explosa en plein visage, me laissant clouée sur place.
- … j’ai trouvé toute la gentillesse, la générosité et le réconfort réunis en une seule femme. Continua-t-il alors que sa voix perdait de plus en plus
d’assurance. Tu… tu es arrivée si nature et sincère avec ton cœur sur la main…
- Je t’en prie Michael… arrêtes… Murmurais-je tout en le regardant, impuissante, s’approcher encore plus près de moi.
- Depuis le premier jour Sara, c’est toi qui a été mon ange gardien dans cette prison, tu m’as donné la force de continuer malgré tout, jour après
jour. De toute ma vie, je n’avais jamais rencontré une personne qui me comprenne comme toi.
Il approcha encore, aussi doucement qu’il me parlait. Mais je ne pouvais plus… vraiment, c’était trop dur de l’entendre, de le regardez lire en moi avec ces yeux débordants de remords et
de tendresse. La douleur qui grandissait au fond de moi me fit fermer les yeux pour mettre un terme à ce supplice que je n’aurais pu supporter plus longtemps. Je tournais la tête.
- Tu as pris le temps de voir qui j’étais vraiment et personne… personne n’a jamais fait preuve d’autant de patience et de ténacité envers moi.
- Arrête… Répliquais-je en larmes.
- Sara, aujourd’hui je te demande de faire ce qui est juste, ce qui te semble le mieux.
- Est-ce que tu te rends compte de ce que tu mets sur mes épaules ? Murmurais-je en essuyant les larmes qui roulaient sur mes joues.
Michael attrapa soudain ma main pour la serrer dans la sienne et que je cesse de fuir son regard ou de le fuir lui… tout court.
- Je ne t’oblige à rien Sara. Je ne fais que te rappeler qu’il en va de la vie d’un innocent… mon frère. Je sais que tu es quelqu’un de bien et je
te laisse le choix de faire ce qui te semble juste.
Ma vue commençait à se brouiller par mes larmes et plus aucun son ne voulait sortir de ma bouche. Michael lâcha alors ma main, me laissant me noyer dans l’océan de ma détresse et continua
son chemin jusqu’à la porte. Arrivé devant celle-ci, il s’arrêta.
- Si cette nuit, si je parviens à sortir mon frère de cette prison, je n’aurais jamais ressenti deux sentiments aussi contradictoires. J’aurais sauvé mon frère mais je ne te
reverrais plus... Murmura-il d’une voix si douce que je pus à peine saisir ses mots.
J’entendis la porte se refermer et c’est seulement à ce moment-là que je me retournais. Il était parti.
* *
*
Par Pitchoune
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