Après déjeuner, Katie et moi reprenions le chemin du pénitencier. Pour regagner le bâtiment de l’infirmerie, notre trajet nous obligeait à passer devant la cour
des détenus. Katie l’appelait ironiquement « la cage aux fauves »… Mais aussi dérisoire que cela pouvait paraître, certains jours, je ne pouvais m’empêcher de penser que cette expression était
tout à fait appropriée.
Charles Westmoreland était assez solitaire. Peu de prisonniers avaient un réel motif de lui en vouloir ; ils s’efforçaient donc de le laisser tranquille le plus
clair du temps. Si la cour était le plus souvent divisée entre les blancs et les noirs, Charles, lui, ne prenait jamais part à ces petites guerres de couleurs et restait dans son coin, neutre
et paisible. En réalité, le vieil homme n’était pas complètement seul dans ces moments-là… « Marylin », une minette de plusieurs années lui tenait compagnie. Il était le seul détenu à Fox River
à posséder un animal car « Marilyn » était arrivée bien avant que la loi n’interdise les animaux en prison.
- Bonjour Charles ! Lançai-je sur le chemin en l’apercevant assit non loin de là.
- Bonjour ma petite Sara ! Bonjour Katie ! Répondit-il amicalement de l’autre côté du grillage.
Je lui souris en le voyant caresser affectueusement la petite « Marylin ».
- Tu es vraiment la chouchoute des détenus ma grande ! S’éclaffa Katie.
- Tu dirais n’importe quoi pour me faire rire ! Répliquai-je tout en sachant qu’elle n’avait pas tout à fait tort.
Toujours sur le chemin qui longeait la cour, j’aperçus alors Michael Scofield assit sur un banc aux côtés de Fernando Sucre, un adorable prisonnier. Celui-ci était
un véritable rayon de soleil. Son accent du sud amenait toujours une certaine gaité dans sa voix. Sans savoir pourquoi, je me sentais comme rassurée en voyant Michael auprès de Fernando.
Apparemment, il avait fini par trouver sa place parmi les détenus et à fréquenter les bonnes personnes.
A ce moment-là, Michael m’aperçut et me lança un regard intense. Je croisai alors ses yeux et tournai presque aussitôt la tête. Katie n’en loupa pas une miette
!
- Il est vraiment sexy le petit nouveau ! Fit-elle, un sourire en coin de lèvre.
- Je ne sais pas trop…
- Oh ! Sara, je t’en prie, tu as vu comme il te regarde à chaque fois qu’il vient te voir pour sa piqûre ? Et quand il t’a sauvé des griffes de
T-Bag ! Il en pince pour toi, c’est évident.
- Pas pour moi… Répondis-je, en regrettant aussitôt de lui avoir raconté cette histoire ! Et puis c’est un
détenu, je ne sais pas pourquoi tu me parles de ça.
- Parce que je ne suis pas aveugle ma chère ! Les yeux sont fait pour voir et je ne peux pas comprendre que tu sois aussi fermée.
Je me contentai de répondre par un haussement d’épaules et nous pénétrâmes enfin dans notre bâtiment. Arrivées à la salle de pause, nous prîmes lors notre
traditionnel café brûlant tout en consultant le planning.
- 14h00 : Théo ! Oh seigneur non ! Soupira Katie.
- Chacune son tour ma chère… Je l’ai eu la dernière fois !
- Ce petit mec me fait penser à un petit caniche hargneux ! Il vient de se faire opérer du genou, on n’a pas fini de le voir à l’infirmerie… Et
toi, tu as qui ?
- 13h45 : Michael Scofield. Lus-je.
- C’est l’heure de l’insuline ! Ricana Katie en me donnant une tape amicale sur l’épaule. Qu’est-ce que je ne
donnerais pas pour remonter la manche du joli cœur à ta place ! Se prit-elle à rêver.
Je me contentai de sourire en reposant ma tasse et regagnai la salle médicale. Michael était déjà dans le couloir à m’attendre. Je le fis entrer et il prit place
sur le siège comme à son habitude pendant que je préparais son injection.
- Je vous ai vu tout à l’heure…
- Ah oui ? Répondis-je naïvement sans même me retourner.
- Vous étiez avec une infirmière sur le chemin qui borde la cour.
- C’est bien possible, je rentrais de déjeuner. Votre bras s’il vous plait… Dis-je en changeant de sujet.
Le jeune homme retroussa sa manche et me tendit son bras tatoué.
- Personne n’a dépassé les limites avec vous aujourd’hui ? Sourit-il.
- Non, les détenus que j’ai vu se sont tenus tranquille… Heureusement, je n’ai pas des T-Bag tous les jours !
- Je suis quelqu’un de bien élevé, mais je pourrais comprendre pourquoi les détenus essaient de vous séduire…
- Vraiment ? Dis-je en arquant un sourcil.
Je sentais le feu monter dans mes joues et j’eus tout le mal du monde à me ressaisir. Je lui fis sa piqûre dans le silence et lui demandai ensuite de retirer sa
chaussette pour renouveler son bandage.
- Vous… n’avez pas eu d’autre problème avec les détenus ? Demandai-je à mon tour.
- Non, je me défends plutôt bien…
- Pas même avec ceux qui vous ont coupé ces orteils ?
- Il m’en reste encore huit, je suis plutôt chanceux. Plaisanta-t-il.
- Vous devriez faire plus attention Michael… Cela pourrait être bien plus grave la prochaine fois !
Je le vis sourire du coin des lèvres.
- Ok, faisons un pari, Docteur ! Le soir même de ma libération, je vous promets d’être encore en vie… Je courrai acheter le plus beau smoking et je
viendrai vous inviter à dîner avec moi…
Cette idée me fit sourire, mais je n’osai pas croiser son regard qui me paralysait.
- Vous aimez les fleurs ? Reprit-il, imperturbable.
- Bien sûr…
- Alors je tiendrai un bouquet de fleurs lorsque je viendrai sonner à votre porte.
- Michael…
- Et bien sûr, je vous laisserai choisir le restaurant…
- Michael, je vous en prie ! Le coupai-je. Je veux juste que vous compreniez que certains autres détenus n’ont
pas cet humour inoffensif que vous possédez. Alors prenez garde à vous… Murmurai-je en le regardant cette fois droit dans les yeux.
Michael remit sa chaussette et se releva en faisant la moue. Je ne pu m’empêcher de le regarder. Il ressemblait à un petit garçon que l’on aurait
contredit.
- Je ferais mon possible pour sortir d’ici en vie… Me dit-il en me fixant de ses yeux graves et profonds. Et
j’espère que mon frère aussi… Ajouta-t-il avant de partir.
* *
*
Ce matin en allant au travail, je longeai la cour des détenus comme tous les jours lorsque je me rendais à mon travail. Il n’était pas encore l’heure de la pause
pour ceux-ci, mais celle des T.P. et je reconnus avec surprise le jeune Scofield au milieu du groupe d’Abruzzi.
Le jeune homme m’aperçut et se dirigea aussitôt vers moi. Je m’arrêtai et à mon tour m’approchai de la grille en regardant par-dessus mon épaule si Henry Pope ne
trainait pas dans les parages. Il n’appréciait guère que l’on bavarde avec les détenus en dehors de notre cadre de travail.
Mais c’était plus fort que moi, je mourrais d’envie de lui dire bonjour, même si je savais que j’allais le retrouver plus tard pour sa piqûre d’insuline
quotidienne.
- Bonjour Docteur. Je ne savais pas que vous commenciez de si bonne heure ?
Son ton joyeux et son sourire frai me persuadèrent davantage que je faisais bien de commencer ma journée de si bon matin.
- C’est vrai… J’aime arriver avant les autres. Ce sont certainement les seules minutes de la journée pendant lesquelles je peux profiter du calme
de l’infirmerie.
- J’ai rarement entendu le personnel de la prison se battre pour arriver en premier entre ces murs. Me taquina-t-il. Vous êtes exceptionnelle Sara Tancredi.
Je lui rendis son sourire cruellement communicatif et m’approchai davantage du grillage.
- Michael… je suis désolée pour hier… Je fais mon possible pour éviter de parler de Lincoln lors de vos visites à l’infirmerie, mais je sais très
bien que vos pensées sont sans cesse habitées par cette sentence.
- Mon frère est innocent, Docteur et ses avocats travaillent jour et nuit pour le prouver. Je vous suis reconnaissant d’essayer de me changer
les idées… Ajouta-t-il en me toisant de son regard bleu.
- A ce propos… Je… je sais que je ne peux pas faire grand-chose sur ce point mais je pensais… je pensais que je pourrais m’arranger pour que vos
visites et celle de votre frère se suivent sur l’emploi du temps… Ainsi, vous pourriez au moins le voir, même si ce n’est qu’en passant dans le couloir.
Michael posa alors sur moi un regard remplit de tendresse et de reconnaissance. Un de plus qui me submergea.
- Merci, Docteur. Et au risque de me répéter… Ajouta-t-il. Vous êtes exceptionnelle.
Il était rare qu’une personne m’atteigne par la parole. Les événements de ma vie m’avaient appris à me protéger contre les mots… Mais il fallait bien me l’avouer,
ce Scofield savait percer la carapace que je m’étais construite mieux que quiconque.
- Bien, je vais aller travailler… Dis-je en rompant le silence de la cour.
- On se voit tout à l’heure, Docteur…
- Bien sûr Monsieur Scofield ! Puisqu’il le faut... Plaisantai-je en poursuivant mon chemin.
* *
*