Samedi 24 novembre 2007

Ce soir en sortant de Fox River, je n’avais pas envie de rentrer chez moi… J’avais eu le cœur serré toute la journée, et Dieu savait à quel point je détestais cette sensation. Comme une privation, un manque d’oxygène, une pression… tout cela était enfouit en moi. Non, je n’avais pas envie de regagner mon appartement où il n’y aurait que la solitude pour m’accueillir dans ses bras.
- Bonsoir Katie.
C’était comme si ma voiture s’était rendue seule jusque devant l’immeuble de mon amie. Je n’avais pas mis longtemps à décider vers qui je voulais me tourner pour me confier étant donné le peu d’amis qu’il restait dans ma vie. Et je savais que je pouvais compter sur Katie.
- Entre ma puce, c’est sympa cette petite visite. Me sourit-elle en m’invitant à m’asseoir au salon.
Les enfants de Katie étaient déjà au lit. Mais quoi de plus normal, réalisai-je à la vue de l’heure à laquelle je sortais du pénitencier ce soir encore. Katie nous prépara chacune une grande tasse de thé brûlant et me rejoignit.
- Toi, ça ne va pas… Tu es pâle comme un linge. Que se passe-t-il ? Tu as vu Scofield en isolement, c’est ça ?
- Scofield… Soupirai-je. Ce nom commence à me suivre partout où je vais… Je pense à lui constamment ! Lançai-je.
- C’est ça qui te fait peur ?
- Le mot est faible… je suis terrifiée ! Katie, tu connais mon passé de droguée, n’est-ce pas…
- Qu’est-ce que tu veux dire ? Non Sara, je t’en prie, ne me dit pas que tu as recommencé ! S’exclama-t-elle en ouvrant de grands yeux.
- Non Katie… ce n’est pas ça. Ce qu’il y a… c’est que je ne t’ai jamais raconté ce qui m’avait fait plonger… et depuis plusieurs jours son visage revient constamment dans mon esprit… Sans arrêt, encore et encore… des flashs… toujours ce visage…
- Quel visage Sara ? Celui de ta mère ? Questionna Katie, de plus en plus intriguée.
Je secouai la tête. La mort de ma mère avait en effet marqué le début de ma chute mais je savais très bien qu’elle n’était en aucun cas responsable de mon addiction pour la drogue.
Je plongeais mes lèvres dans la tasse encore brûlante et repris.
- Cooper… Murmurai-je avec difficulté comme si le seul fait de prononcer ce prénom me brûlait les lèvres. Je ne t’en ais jamais parlé parce que c’était trop dur.
- Tu étais amoureuse de cet homme ?
- J’en étais folle… Katie, je n’ai pas aimé beaucoup d’hommes dans ma vie, mais Cooper en faisait parti. Je l’ai connu après la mort de ma mère… Il était président d’une grosse boite de Chicago. Son satané travail… Soupirai-je. C’était sa vie.
- Ca ne devait pas être facile tous les jours… Murmura mon amie.
- C’était un junkie… Lâchai-je. Il se droguait pour prendre de l’assurance, pour tenir le coup face à toute cette pression qui le pesait. Et paradoxalement, c’est la drogue qui le rendait moins compétent.
Katie ne disait pas un mot. Elle était assise à côté de moi et serrait sa tasse de thé entre ses mains, les yeux posés sur moi, écoutant avec attention et absorbant chacun des mots extraits de mon douloureux passé.
- Je l’aimais plus que de raison… Il m’arrivait de me droguer avec lui quelque fois mais je savais ce que je faisais et cela ne m’attirait pas. Et puis… sa boite à finit par couler. Ce jour là, c’est toute sa vie qui a basculé. Nous étions depuis cinq ans ensemble et il m’aimait, mais je savais aussi que son travail passerait toujours avant moi. Et puis un soir, je l’ai retrouvé dans notre appartement allongé sur le sol… Continuai-je alors que je sentais ma voix commencer à trembler. Il… il avait fait une overdose…
La boule qui était coincée dans ma gorge se desserra subitement, laissant du même coup mes larmes inonder mes yeux.
- Il était terriblement mal… je le savais, je le voyais. Je voulais l’aider à s’en sortir mais il se droguait de plus en plus et je me sentais tellement impuissante face à ça. C’était un trou noir et je ne voyais pas d’issue…. Il n’acceptait l’aide de personne… hoquetai-je. Il est mort et je n’ai rien pu faire !
Katie posa sa main sur la mienne et me lança un regard de compassion.
- Je ne savais pas… Murmura-t-elle. Mais il ne faut pas te rendre responsable de son destin ma belle. Tu n’y pouvais rien… Et tu as plongé à ton tour après ce drame, n’est-ce pas ?
- Oui… J’avais reporté sur lui tout l’amour que je ne pouvais plus donner à ma chère mère. A sa mort, c’est comme si on m’avait arraché le cœur une deuxième fois. Mon père ne l’avait jamais aimé… il savait qu’il se droguait et si j’ai plongé à mon tour, c’est de dépit et de désespoir. Mon père était toujours pris par ses réunions incessantes et malgré sa bonne foi, il n’a jamais su m’épauler comme il aurait dû. Expliquai-je. Il m’aime, je le sais, mais je crois surtout que mon chagrin et mon mal-être l’effrayait.
- Voilà pourquoi tu repenses tellement à Cooper ces temps-ci ma vieille ! S’exclama Katie. Tu sens que ton cœur est prêt à accueillir Scofield et tu as peur de ce qu’il pourrait se passer… Analysa-t-elle.
Je relevai la tête et regardai Katie, surprise par le rapprochement qu’elle venait de faire entre les deux hommes.
- Katie, tu ne vois pas que je ne fais que tomber, me relever… tomber à nouveau et me relever, encore et encore. Sanglotai-je. Je suis forte mais je ne le serai pas indéfiniment. Ma mère a emporté toute lumière lorsqu’elle est partie… J’ai vécu dans l’obscurité si longtemps… j’étais tellement seule…
- Tu ne l’es plus maintenant, Sara ! Murmura Katie en me serrant dans ses bras pour apaiser mon chagrin.
Je pleurais durant plusieurs minutes sur son épaule. Toutes les tensions accumulées ces derniers temps m’avaient pesé à tel point que je n’avais trouvé aucun échappatoire à ma détresse. Enfin, après avoir dit les mots que je refusais de prononcer, je commençais à me sentir mieux.
- Tu n’es plus seule aujourd’hui. Me répéta-t-elle en me souriant. Il y a moi et il y a ce Scofield couvert de tatouages !
Ses dernières paroles me firent éclater de rire alors que j’étais encore en larmes. Décidément, mon amie trouvait toujours la parade adéquate pour me remonter le moral.
- Je ne sais pas Katie… Murmurai-je.
- Bien sur que si ma grande, je suis persuadée que tu comptes pour lui ! On ne regarde pas une personne avec ces yeux là quand on ne ressent rien.
- Qu’est-ce que je vais faire…
- Poursuis ta route, ma jolie ! Je suis d’accord que des Michael Scofield, ça ne court pas les rues, mais s’il tient vraiment à toi, il attendra de sortir de prison pour te revoir.
Ces mots eurent le don de réchauffer mon cœur. Ce n’était rien d’autres que des mots, mais ils me firent un bien fou. J’en avais tellement besoin, et j’aurais donné n’importe quoi pour que ceux-ci sortent de la bouche de Michael Scofield.
* *
*
Enfin je sortais de chez Katie aussi épuisée que je pouvais l’être. Vider ce que j’avais sur le cœur n’avait rien de reposant mais en quittant son immeuble, je savais que je me sentais mieux qu’en y entrant. L’écoute et les mots de mon amie m’avaient fait un bien fou.
Je marchais en direction de ma voiture quand mon portable sonna. Encore la prison ! Constatais-je.
- Docteur Tancredi ? Bonsoir. Pardon de vous déranger si tard mais êtes-vous disponible ?
- Oui, je peux passer sans aucun problème mais que se passe-t-il, Sherry ?
- C’est Michael… Il est toujours en isolement et il est entrain de disjoncter… Expliqua l’infirmière en quelques mots.
- J’arrive immédiatement. Conclus-je en raccrochant.
Encore une fois, je m’apprêtais à foncer en pleine nuit à Fox River. Cela me rendait folle de rage de faire comme si de rien n’était avec Sherry… après tout ce que j’avais appris de la bouche de Nika ! Elle aussi avait fait parti de cet ignoble complot contre moi. Comment aurais-je pu savoir jusqu’où cette femme était prête à aller ? Et qui me disait que ce n’était pas un autre piège que me tendaient les deux femmes en prenant pour appât Michael Scofield ?
Je secouais la tête pour me réveiller. A peine quatre ou cinq heures de sommeil en quarante-huit heures, rien d’étonnant à ce que je commence à me faire des films. Mais si ce qu’elle avait dit était vrai… Qu’arrivait-il donc à Michael ?
Je me garais à la vitesse de l’éclair sur le parking presque vide et courus sans attendre à l’infirmerie où je pensais trouver Sherry.
- Oh Docteur Tancredi vous voilà ! Je ne savais pas quoi faire… Un gardien m’a appelé pour me prévenir qu’il entendait des bruits sourds dans la cellule de Michael et… quand nous sommes arrivés nous l’avons vu entrain de se jeter contre les murs… d’un bout à l’autre de sa cellule, plutôt violement ! Quand j’ai voulu m’approcher de lui, il paraissait complètement sonné alors j’ai pensé qu’il s’était calmé tout seul et…
- Pourquoi ne l’avez-vous pas examiné ? L’interrompais-je sur un ton dur. Et pourquoi n’avez-vous pas essayé de parler avec lui ?
- Je… je ne sais pas… il me faisait peur. Au bout d’un moment nous n’entendions plus de bruit alors je suis remontée et le gardien m’a de nouveau appelé pour me dire qu’il était arrivé juste à temps avant que…
- … que quoi ?? La pressais-je. Je vous en prie, parlez !
- … qu’il ne se pende !
- Quoi ??
- Je n’en sais pas plus… je vous ai tout de suite appelé, je ne savais pas quoi faire…
- Sherry Glow, en plus de n’avoir aucun scrupule à comploter contre moi, vous êtes parfaitement incompétente dans votre travail ! M’exclamai-je, hors de moi.
Je me dirigeai vers l’escalier qui conduisait aux sous sols et aperçus par-dessus mon épaule Sherry me suivre.
- Ah non ! Certainement pas ! M’exclamai-je en la repoussant.
- Mais… Répliqua-t-elle, stupéfaite.
- Laissez-moi ! Vous en avez déjà bien assez fait comme ça ! Courrez donc raconter ça à votre meilleure amie… Lançai-je d’une voix menaçante avant de reprendre ma course dans l’escalier.
Enfin j’arrivais dans le couloir de l’isolement, le cœur battant et le souffle court. Je trouvais le gardien qui surveillait l’allée. Je le vis se diriger vers moi et avant même que celui-ci n’ouvre la bouche, je me plantais devant lui et le fixais.
- Laissez-moi tranquille avec lui ! Ordonnai-je au gardien.
- Docteur, je suis désolé mais le règlement m’oblige à rester dans le couloir si jamais…
- Partez ! Criai-je. Je vais m’occuper de lui et je ne veux personne autour de moi. Je sais ce que j’ai à faire et je n’ai rien à craindre d’un détenu tel que Michael Scofield. Disparaissez !
Le gardien me regarda, intrigué de me voir m’emporter aussi facilement. Mais mon visage fermé et dur finit par le résoudre de remonter à l’étage.
L’émotion me submergea. Enfin je réalisais les paroles de Sherry…
Michael voulait mourir ! Cette pensée me pétrifia autant qu’elle pouvait m’assommer. Mon sang ne fit qu’un tour et j’ouvris brusquement la porte de sa cellule.
Je sursautais soudain en le voyant debout, droit comme un « i » au milieu de la cellule, le visage triste et fermé à tout contact extérieur. Il ne régit même pas à mon entrée, ni à la peur que se dessinait sur mon visage… il fixait le mur et ne semblait pas vouloir m’adresser un regard.
C'est alors que je vis avec horreur le pull de Michael attaché à l’une des plus hautes chaines accrochées au mur ! Celui-ci était en forme de nœud coulissant… Je découvris alors ce qu’il avait voulu entreprendre et portai mes mains à ma bouche avec horreur en constant que Michael avait voulu se pendre…
- Michael ! M’exclamai-je d’une voix qui ne maîtrisait plus rien. Que vous arrive-t-il ? Que s’est-il passé ? Je vous en prie, expliquez-moi… Regardez-moi ! L’implorai-je en m’approchant de lui. Regardez-moi !!
Michael restait toujours inerte devant moi, les yeux dans le vague et ne semblait même pas m’écouter. Je pensais alors que tous les hommes que j’aimais décidaient un jour ou l’autre de se donner la mort.
- Vous êtes complètement fou ! Repris-je à sa hauteur. Vous voulez mourir ? Vous pensez que cela aidera votre frère sans doute ? A quoi bon perdre mon temps à vous aider si vous voulez en finir ! Pourquoi vous faites ça ? Pourquoi ? POURQUOI ?? Me mis-je à hurler.
Ma voix tremblait, je pouvais le sentir et l’entendre résonner jusque dans mes oreilles.
N’en pouvant plus, je le giflai. J’étais folle de rage contre lui. Je lui en voulais de vouloir mourir, je lui en voulais d’abandonner son frère… et de m’abandonner moi… Mais surtout je voulais le faire réagir. Mes poings étaient serrés par la colère qui m’habitait.
Voyant l’état de fureur et de tristesse dans lequel j’étais devant le sort ignoble qu’il désirait s’affliger, son regard s’anima enfin comme s’il venait brusquement de s’éveiller à la vie. Je ne pouvais pas pour autant défaire ces traits durs et impassibles qui crispaient mon visage.
Je le vis jeter un coup d’œil en dehors de la cellule comme pour voir si nous étions seuls. Puis il s’approcha lentement de moi et attrapa mes mains crispées par la colère, pour les coller contre son torse. Vidée, je me laissais faire. Puis il m’enlaça dans ses bras, me serrant tout contre lui. Il me serra de plus en plus fort comme pour absorber en lui toute la rage et la peine que je pouvais ressentir à cet instant.
- Pardon Sara… Pardon … Murmurait-il à mon oreille.
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Quelques minutes après, j’avais retrouvé mon calme et l’avais questionné encore et encore sur le fait qu’une telle pensée lui ait traversé l’esprit.
Malheureusement, je finis par sortir, son pull dans mes bras, sans avoir obtenu la moindre réponse. Au-delà de ses bras autour de moi et de ses excuses, il n’avait absolument rien dit d’autre.
Je devais pourtant prendre une décision ! Je ne l’avais jamais vu aussi perdu et désorienté et son état m’inquiétait sérieusement. De peur que l’idée de recommencer cette terrible tentative ne lui vienne, je pris une décision qui m’arracha le cœur.
- Quartiez Psy.
- Bonsoir Joshua, pardon d’appelez si tard mais je voulais te prévenir qu’un gardien allait t’amener un nouveau détenu à interner. Lâchai-je d’une voix sans intonation.
- Parfait Sara. Qu’il l’amène quand il veut. De qui s’agit-il ?
- Michael Scofield.
Je fermai les yeux comme pour me forcer à me dire que c’était la meilleure solution même si je réalisais qu’il serait loin de moi et que je ne pourrais plus m’occuper de lui.
- C’est noté. Il sera interné dès son arrivée. Ne t’en fais pas, nous nous occuperons de lui. Bonne nuit Sara.
Un long soupir s’échappa de mes lèvres en raccrochant. Il en valait de la vie de Michael. Me répétai-je.




