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Je me rendis aujourd’hui à Fox River, plus méfiante que jamais. La visite inattendue que j’avais reçue la veille m’avait obligé à faire le rapprochement entre les appels anonymes et le mot glissé
sous ma porte. Peu importe les intentions de cette personne, elle m’avait tout simplement rendu parano. Ce matin en sortant de chez moi, j’avais regardé de tous les côtés pour être sûr que je
n’étais pas suivie. Même en arrivant à Fox River, je ne pouvais pas m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule.
Qui était donc cet inconnu et que cherchait-il ? A me terrifier ? A m’aider ? Dans tous les cas, il désirait me voir loin de Michael Scofield, et cela ne pouvait que m’embrouiller d’avantage. Toutes ces questions qui rôdaient autour du jeune homme, avaient forcément une réponse quelque part ! Songeais-je. Il était clair que Michael renfermait un secret en lui et qu’il comptait bien le garder… Peut-être que mon visiteur de cette nuit n’était d’autre qu’un de ses amis qui voulait me tenir à l’écart de ce secret…
- Aïe !
L’imbécile ! Plongée dans mes réflexions matinales, je ne regardais pas devant moi et bousculais Sherry Glow dans le couloir.
- Pardon, je suis désolée ! M’excusai-je au près de la jeune infirmière au joli accent.
- Ce n’est pas grave. Les ouvriers voudraient débarrasser leurs outils pour ne pas que cela vous gêne dans vos consultations…
- Les ouvriers ? Repris-je, confuse.
- Ceux qui ont changé le tuyau sous l’infirmerie ! Ils l’ont fait cette nuit mais ils n’ont encore rien rangé. Expliqua-t-elle.
- Je n’en savais rien ! Constatai-je. J’espère que cela n’a pas dérangé Lincoln cette nuit… M’inquiétai-je.
- Scofield vous attend… Reprit-elle.
En effet, le jeune homme était déjà assis et semblait s’amuser à tordre un élastique dans ses mains pour patienter. Je me permis de rester deux secondes de plus dans le couloir pour admirer ce jeu enfantin. Il était tout simplement adorable.
- Bonjour Michael !
- Oh, bonjour Docteur ! Me Salua-t-il en me faisant un signe de la main.
A peine me mis-je à préparer son injection que j’entendis mon téléphone portable sonner. Je devais malheureusement toujours prendre le temps de répondre car il pouvait s’agir d’une urgence en isolement, au quartier psy ou encore en à même les cellules, ce qui était plutôt rare. Le personnel de la prison se servait également des téléphones fixes de l’infirmerie mais pouvait nous contacter sur notre téléphone portable personnel à tout moment comme s’il s’agissait d’un biper.
Aucun nom, ni numéro ne s’afficha sur mon écran.
- Allô ? Murmurai-je, peu rassurée en repensant aux événements de la veille.
- ( …)
Cette fois, je n’attendis pas une seconde de plus et raccrochai immédiatement. Apeurée, je me mis à embrasser la salle du regard, jusque dans le couloir.
[font=Times New Roman, serif][i]« N’approchez plus de Scofield »[/i][/font] disait le mot. J’y repensais une nouvelle fois en toisant Michael qui attendait sa piqûre d’insuline, le sourire aux lèvres. Je me sentais observée, épiée… alors que je savais très bien que c’était impossible ! Ou du moins… pas dans le cadre de mon travail. Il fallait surtout que j’arrête les romans policiers ! Soupirai-je. Pourtant, j’aurais tellement aimé savoir si ces coups de fils anonymes et ce mot étaient bien intentionnés. Mais à la vue du nombre de coup de fil que j’avais déjà reçu sans réponse et à la fuite de mon visiteur d’hier soir, cela ne me disait rien qui vaille. Cet individu voulait me faire peur et cela marchait ! Il voulait aussi que je n’approche plus de Michael… Mais ça, c’était impossible. Même si j’aurais pu transférer son dossier à un autre membre du personnel soignant, je n’en avais pas la moindre envie.
Au diable les menaces ! Pensai-je tout bas.
- Docteur ? Quelque chose ne va pas ?
Michael posa sur moi son regard incrédule. Il ne comprenait pas du tout mon comportement étrange de ce matin, ce qui était plutôt bon signe. Il n’avait apparemment rien à voir avec ce harcèlement… Constatai-je, plus ou mois soulagée.
- Pardon Michael… Je suis distraite ce matin, je vais m’occuper de vous tout de suite.
- Non, prenez votre temps ! Je suis nettement mieux ici en votre compagnie qu’à écouter Sucre me parler toute la journée de sa bien-aimée.
Je me mis alors à sourire en imaginant Fernando Sucre dans le rôle de l’amoureux transi et je devais avouer que cela devait lui aller à merveille ! Tel un rayon de soleil, je le voyais passionné par la vie comme par l’amour. Cela ne m’étonnait donc guère que Michael me parle de son codétenu en ces termes.
- J’aurais au moins réussi à vous faire sourire aujourd’hui… Constata-t-il, visiblement fière de lui.
Mais son visage lumineux fit soudain place à une mine défaite et grise. Il leva alors des yeux infiniment tristes sur moi.
- Lincoln doit passer sur la chaise demain… Soupira-t-il.
- Oh Michael… Je suis au courant, j’ai entendu les informations hier soir. Ses avocats recherchent toujours des preuves, j’espère de tout cœur qu’ils en trouveront avant qu’il ne soit trop tard. Dis-je en m’asseyant à ses côtés.
- Merci de votre soutien.
Il releva alors sa manche et je lui injectai sa dose d’insuline quotidienne dans le bras. J’observai toujours ses étranges tatouages à ce moment-là. En fait… j’étais incapable de dire ce que représentaient les tatouages de son bras… Il y avait tellement de dessins mélangés que je ne me penchais jamais assez longtemps pour pouvoir les distinguer.
- Veronica fait son possible pour prouver son innocence mais j’ai peur que cela ne suffise pas…
- Vous connaissez personnellement la défense de votre frère ? Questionnai-je surprise.
- Oui… Veronica Donovan est une amie d’enfance, j’ai grandi avec elle. Mon frère est même sorti pendant un temps avec elle… Me raconta-t-il.
A cet instant, nous entendîmes du bruit parvenir du couloir. C’était Lincoln Burrows, lui-même qui arrivait, entouré de plusieurs gardiens pour sa visite à l’infirmerie. Le moindre de ses déplacements nécessitait une horde de sécurité comme s’il s’agissait d’un lion que l’on sortait de sa cage… près à bondir à chaque instant. Je trouvais ce scénario ridicule à chaque fois qu’il apparaissait sous mes yeux. Le pauvre Lincoln n’avait vraiment rien d’une bête sauvage ! Pensai-je en le regardant à travers la vitre de la porte. Alors qu’il y avait tellement d’autres prisonniers qui auraient, eux, mérités cette appellation…
- Lincoln ! S’exclama Michael à la vue de son frère.
Il se leva alors immédiatement et posa un regard de détresse sur moi.
- Je vous en prie Sara, il faut que je lui parle !
Je me levai à mon tour et observa Lincoln qui essayait d’apercevoir son jeune frère à travers la vitre.
- Bien sur Michael, je vais voir ce que je peux faire !
Je sortis de la salle et refermai la porte derrière moi. Pour rien au monde, je n’aurais voulu qu’un quelconque incident se produise de nouveau ! Sans savoir vraiment ce que j’allais dire, je me dirigeai vers le gardien de la troupe qui semblait à mes yeux être le plus docile.
- Tom ! J’ai le frère de Lincoln Burrows avec moi… Il demande à parler à son frère.
- Impossible Doc’ !
- Je vous en prie… Vous savez comme moi que c’est demain qu’aura lieu le jour de l’exécution ! Implorai-je.
- Je regrette… La règle c’est la règle, vous devriez le savoir comme moi ! Scofield ne pourra voir son frère que lors de la dernière visite avant…
Le gardien lui-même ne réussit pas à terminer sa phrase. D’ailleurs, c’était inutile, je compris qu’il n’y avait rien à faire pour essayer de le persuader. Je regagnai alors l’infirmerie en croisant le regard plein d’espoir que Lincoln me lançait. Navrée, je baissais la tête et refermais la porte dernière moi.
- Je suis désolée Michael… Il n’y a rien à faire.
- Non ! Il doit bien y avoir un moyen ! S’emporta-t-il.
- Avez-vous parlé au directeur ? Peut-être pourrait-il vous accorder un droit de visite supplémentaire ?
- Non, j’ai absolument tout essayé… Soupira-t-il.
Observer sa mine défaite et son regard en proie au désespoir était un spectacle des plus navrants ! Ses sourires et son visage gai de tout à l’heure avaient complètement disparu. C’était comme si la réalité frappait tout à coup.
- Docteur ? Reprit-il alors. Pourriez-vous parler au gouverneur Tancredi pour moi ?
Aussi surprise qu’affolée par sa question, je relevai immédiatement la tête et lançai un regard peu rassuré sur lui.
- Michael…
- Sara ! Implora-t-il en s’avançant avec conviction vers moi. Vous êtes ma dernière chance. Si vous parliez à votre père, peut-être que…
- Mon père est la dernière personne qui pourrait m’écouter. Le coupai-je avant qu’il ne se fasse des idées. Michael, croyez bien que je lui en aurais déjà parlé si je pensais qu’il y aurait une chance qu’il regarde son dossier.
Le jeune homme arpenta son regard désespéré à travers mes yeux puis baissa la tête, déçu. Il semblait pourtant être prêt à tout pour sortir son frère de là et il était clair que ma réponse était loin de lui convenir. Si j’étais sa dernière chance, je sentais qu’il n’avait pas dit son dernier mot.
- Mon frère est innocent. Reprit-il après une minute de silence. Ces gens vont l’attacher à une chaise… Ils vont le tuer alors qu’il n’a commis aucun crime. Continua-t-il d’une voix tremblante. Sara, si vous croyez un temps soit peu à son innocente vous devez essayez de faire quelque chose. Allez voir Veronica, elle saura vous convaincre, j’en suis certain ! Et même si vous pensez que vous n’avez aucune chance de parvenir à persuader votre père, je vous en prie, essayer au moins… La vie d’un innocent est en jeu, je pense que cela en vaut la peine. Il s’agit de mon grand frère… Ajouta-t-il d’une voix plus tremblante que jamais.
Je comprenais très bien ces paroles. Comment aurais-je pu rester insensible à ses mots ? Je savais très bien que la mère de Michael était décédée et que son père l’avait abandonné lorsqu’il était enfant… Lincoln était non seulement son unique frère, mais il représentait également la seule famille qu’il lui restait.
- Je lui parlerai… Lâchai-je finalement.
* *
*
« Appartement 305 - 26 Park Road – Chicago »
Je relus pour la énième fois le petit mot que Michael m’avait laissé. Il mentionnait l’adresse de Veronica Donovan, l’avocate principale de Burrows.
Arrivée enfin dans la bonne rue, je trouvais un petit parking où me garer et scrutais du regard les plaques des immeubles, cherchant le numéro 26. Après quelques mètres, je vis alors un immeuble plus très neuf qui portait le numéro que je cherchais. Je pus donc ensuite trouver sans difficulté l’appartement correspondant au numéro 305 et frapper à sa porta.
- Qui est-ce ? Cria une voix d’homme derrière la porte.
Surprise de ne pas entendre une voix de femme, je me présentais néanmoins.
- Je m’appelle Sara Tancredi, je viens voir Veronica Donovan… Expliquai-je à travers la porte.
Aucune réponse ne se fit entendre.
- Je suis médecin au pénitencier de Fox River… Ajoutai-je alors.
Comme si j’avais prononcé une formule magique ou un mot de passe, la porte s’ouvrit comme par enchantement et je tombai née à née avec un jeune garçon aux cheveux très bruns et ébouriffés.
- Bonjour ! Je suis LJ ! Se présenta-t-il en me serrant la main.
Je dus prendre une seconde pour comprendre que c’était le fils de Lincoln Burrows qui se tenait devant moi ! « Lincoln-Junior » … Décidément, il y avait beaucoup de choses que j’ignorais encore concernant la famille Burrows-Scofield !
- Enchantée, je suis le Docteur Sara Tancredi.
- C’est vous qui vous occupez de mon père et de oncle Mike ? M’interrogea-t-il en me regardant de long en large.
« Oncle Mike » ! Ce terme me fit sourire.
- LJ ! Je t’ai dis de ne répondre à personne ! Scanda une voix autoritaire.
- Ca va ! Répondit-il. C’est le docteur de la prison, elle veut parler à Veronica.
L’homme apparut alors dans l’entrée. Il s’agissait d’un grand brun, plutôt beau garçon. Il me regarda alors avec stupéfaction… Comme s’il s’attendait à se trouver nez à nez avec un monstre. Mon visage doux et timide finit de le convaincre que je venais en « amie ».
- Excusez-moi… Je m’appelle Nick Saverine, je travaille également à la défense de Lincoln. Pardon de mon arrivée bestiale ! Se mit-il à rire en me serrant la main à son tour. Je vous en prie, entrez ! Veronica est dans son bureau.
Davantage rassurée, je pénétrai alors dans le charmant appartement de l’avocate. Il était plutôt spacieux, et à en voir les divers angles de la pièce, je pus constater qu’il avait été décoré avec goût. Enfin, Nick me fit entrer dans le bureau de la jeune femme après avoir frappé à la porte.
- Excuses-moi de te déranger Veronica mais il y a une jeune femme qui voudrait te voir.
- Nick ! Je n’ai pas une minute devant moi et tu le sais bien ! Le procès a lieu demain, je dois être prête, je n’ai pas le droit à l’erreur…
- Vero… il s’agit du Docteur de la prison… Elle connaît Lincoln et Michael… La coupa-t-il.
- Vraiment ? Très bien fait la entrer. Se ravisa-t-elle.
J’arrivai inévitablement au mauvais moment ! Constatai-je. Nick me fit alors signe d’entrer. Ce que je fis timidement. Le bureau de l’avocate était assez petit et une pile monstrueuse de documents envahissait son bureau, le faisant paraître minuscule.
- Mademoiselle Sara Tancredi ?
- Tout à fait… Acquiesçai-je de la tête en lui en serrant sa main ferme.
Comment connaissait-elle mon nom ? Me demandai-je alors que j’étais sure que nous n’avions pas été présenté.
- Lincoln et Michael m’ont parlé de vous lors de mes visites à Fox River. Précisa-t-elle. Je vous en prie asseyez-vous, il me semble que nous devons parler.
Veronica Donovan était plus petite que moi. Elle avait des cheveux mi-longs d’un noir de jais et de magnifiques yeux bleus qui animaient son visage sérieux et décidé. Et comme toute bonne avocate, elle portait un tailleur. Celui-ci était composé d’une jupe mi-longue et d’une veste verte.
La jeune femme me sembla tout de suite amicale. Sans perdre une minute, elle me proposa de m’expliquer ce qu’elle avait découvert sur l’affaire Burrows depuis le début de l’enquête ; ce que j’acceptai avec plaisir.
A la fin de notre entretien et en étant tout à fait objective, je n’avais plus l’ombre d’un doute sur l’innocente de Lincoln. Son ton convainquant et ses arguments appuyés de preuves plus macabres les unes que les autres n’avaient pas manqué de me persuader qu’il s’agissait d’un complot contre lui. J’étais au courant des meurtres auxquelles elle faisait allusion par le biais des informations mais je n’avais jamais fait le lien avec l’assassinat du frère de la vice présidente Reynolds. Mais grâce aux explications de Veronica, tout semblait concorder…
- Je suis heureuse que nous nous soyons comprise. Sourit-elle. Et je vous remercie d’accepter de parler à votre père.
- Justement à ce sujet… L’arrêtai-je. J’aimerai vous demander une faveur.
Veronica Donovan ouvrit alors de grands yeux sur moi, se demandant certainement ce que j’allais bien pouvoir lui demander en rapport avec le Gouverneur.
- Je souhaite évidemment que Lincoln soit disculpé et je vais aller parler à mon père de ce pas. Mais… Poursuivis-je. J’aimerais que, Nick Saverine et vous même, m’accompagnez dans cette requête. Je n’ai pas le temps de vous expliquer ce qui oppose mon père à ne pas m’écouter lorsqu’il s’agit de défendre mes détenus, mais je suis convaincue que si je me représentais devant lui avec les avocats de la défense, mes arguments pourraient peser plus de poids.
Au sourire de Veronica, je compris aussitôt que je n’avais pas besoin d’en dire plus. C’est ainsi que les avocats Veronica Donovan et Nick Saverine m’accompagnèrent devant mon père…
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