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Voici ma fanfic "Du Côté de Sara"...
Elle raconte l'aventure Prison Break à travers les yeux de Sara Tancredi.
Cette fanfiction est un mélange entre les événements de la série et d'autres séquences que j'ai imaginé.
A vous de me donner vos impressions ! En espérant que cette histoire vous plaise...
Bonne lecture ! ;-)
Le lendemain matin de la tragédie, je me réveillai à mon heure habituelle. Je me redressais avec difficulté pour m’asseoir dans mon lit quand je sentis une douleur
fulgurante envahir mon bras.
« Ca n’avait rien d’un rêve ! » constatai-je alors en parvenant à quitter mon lit, direction la salle-de-bain. D’ailleurs, j’avais très peu dormi cette nuit. Mais quoi de plus normal ? Qui
serait parvenu à trouver le sommeil après avoir vécu une journée comme la mienne ? Je songeai alors à Michael… Lui aussi avait vécu bien des émotions ! Je priai intérieurement que personne ne
lui ait fait de mal et qu’il ait pu regagner sa cellule sans histoire !
Autant le drame vécu avec les prisonniers à l’infirmerie était ancré d’une profonde réalité, autant le sauvetage de Michael et ces moments intenses échangés me semblaient émaner tout droit de
mes rêves les plus profonds !
Je souris alors en pensant à Katie… Lorsqu’elle avait appris la nouvelle, elle avait tout de suite foncé à mon appartement et s’était occupée de moi comme une mère toute la soirée ! J’avais eu
beau lui répéter que je n’étais pas en sucre, elle culpabilisait tellement de ne pas avoir été là qu’elle aurait fait n’importe quoi ! Mais surtout, elle avait adoré mon histoire de « Roméo et
Juliette », comme elle l’appelait. J’avais évidemment dû lui avouer que Michael Scofield avait volé à mon secours… mais j’avais pris soin de garder ces petits détails qui me chatouillaient le
ventre à chaque fois que j’y repensais, pour moi…
Pour ajouter à mon insomnie de la veille, j’avais sans cesse ces questions sans réponse qui fusaient dans ma tête… Comment Michael connaissait-il si bien cette prison ? Pour moi, elle était
encore une véritable galerie ! Malgré une visite à mon arrivée, je ne comptais plus les fois où je m’étais perdue les premiers jours ! Lui était là depuis peu et connaissait déjà les moindres
recoins de Fox River ! Songeai-je sans perdre à l’esprit que quelque chose clochait vraiment. Mais je ne pouvais pas en parler au Pope ! Comment aurais-je pu créer des ennuis à l’homme qui
m’avait sauvé la vie ? Je décidai alors de mener moi-même mon enquête !
Je sortis enfin de ma douche et fonçai rejoindre ma voiture. Il était largement temps de me rendre à mon travail !
- Oh Sara, tu es vraiment têtue ! S’exclama Katie en me voyant arriver dans le couloir de l’infirmerie.
- Bonjour Katie !
- Tu aurais dû rester chez toi à te reposer et te remettre de tes émotions, ma belle ! Tu es folle de revenir si tôt.
Katie n’avait pas tout à fait tort. Je ne me sentais pas tout à fait bien… Une grosse boule m’avait paralysé le ventre lorsque j’avais pénétré dans l’aile B en arrivant et je tremblais déjà à
l’idée de retrouver les détenus de la veille sur mon emploi du temps. Mais s’il y avait une chose que mon père m’avait apprise, c’était à me battre, et à ne pas me laisser envahir par la peur
et l’angoisse. Si je n’étais pas revenue aujourd’hui, je pense que je ne serais plus revenue du tout. « Il faut battre le fer pendant qu’il est encore chaud ! », aurait ajouté mon
père…
- Je vais très bien, Katie ! Je te remercie encore d’être passée hier soir, mais comme tu le vois, aujourd’hui, je vais bien mieux.
- Mais ton bras…
- Les ambulanciers l’ont examiné hier et me l’ont soigné… Ce n’est pas bien grave et je ne peux rien faire de plus pour le moment. Je refuse de rester dans mon lit toute la
journée pour un bras bandé ! Sourirai-je alors.
- Mh… De toute façon quand tu as une idée dans la tête…
- Exactement ! La coupai-je en me forçant un peu à rire.
Le responsable des TP des prisonniers arriva alors dans la salle de pause pour nous saluer.
- Mesdames, bonjour ! Chantonna-t-il visiblement de bonne humeur.
- Salut Ron ! Lançâmes-nous en chœur.
- Sara, vous êtes déjà de retour parmi nous ? Vous auriez au moins dû prendre une journée pour vous reposer…
- Je vais très bien, Ron… Je n’avais pas envie de tourner en rond chez moi !
Le jeune homme aux yeux noisette me répondit en souriant. Je savais que ma réponse était un peu ridicule mais c’était pourtant la vérité ! Bien sûr, je n’ignorai pas que les trois-quarts du
personnel de Fox River ne se faisaient jamais prier pour prendre un jour dès le moindre signe de faiblesse ! Il était vrai que l’atmosphère entre les murs du pénitencier était incroyablement
pesante, je m’en étais moi-même aperçus dès mon arrivée… Mais aussi fou que cela pouvait paraître, je m’y étais habituée.
- Je vais retrouver mes gars, c’est l’heure de les faire bosser un peu ! Lança Ron sur un ton enjoué.
- Attendez ! L’arrêtai-je alors qu’il longeait déjà le couloir.
- Oui Sara, qui-a-t-il ?
- J’ai une question à vous poser au sujet des T.P. justement…
- Bien… je vous écoute ! Me sourit-il en observant ma chevelure.
- Voilà… J’aurais voulu savoir s’il vous arrivait d’envoyer, de temps à autre, les détenus nettoyer les moisissures des faux-plafonds ?
Ronald parut des plus surpris. Moi-même, je n’étais pas étonnée de le voir réagir ainsi. Je me doutais bien que ce n’était pas dans les habitudes de la maison d’affecter les détenus à de
pareilles tâches. Néanmoins, je devais l’entendre sa bouche.
- Bien sur que non, Sara ! Jamais de la vie ! Ces prisonniers sont tenaces, mais on ne les envoie tout de même pas s’intoxiquer ! Habituellement, on leur
donne des travaux dans la cour ou aux alentours, histoire de les épuiser un peu… Expliqua-t-il.
- Je vois… Je vous remercie, Ron. Bonne journée !
Toujours aussi étonné de ma question, il me jeta un regard interloqué par-dessus son épaule et quitta l’infirmerie. Je le regardai à mon tour en haussant les épaules et regagnai la salle de
pause… la tête de nouveau pleine de questions.
Katie préparait du café pendant que je jetais un coup d’œil à l’infirmerie. Une foule d’images de la veille me percutèrent alors l’esprit. Non ! Je ne voulais pas me laisser envahir ! Ils
avaient essayé de m’avoir et je m’en étais sortie, maintenant il fallait tourner la page et avancer…
- Oh ! Et quelle histoire incroyable ! Scofield qui court à ton secours, franchement on ne peut pas faire plus romantique !
- Arrêtes Katie… J’ai eu de la chance, un point c’est tout !
- Tu rigoles ! C’est digne d’une série télé ton truc !
Nous bûmes alors notre café en riant à propos de mon sauveur aux yeux doux.
- Katie ? Est-ce que tu ne trouves pas bizarre que Michael ait réussi à rejoindre l’infirmerie par les faux plafonds depuis l’aile A ? Finis-je
enfin par demander.
Katie réfléchit un instant et partit en direction de la salle où étaient enfermés les dossiers des prisonniers. Quelques secondes plus tard, elle revenait en brandissant celui de Scofield.
- Tu as dis bizarre, ma chère ? Reprit-elle alors d’un air mystérieux.
- Qu’est-ce que tu as là ? Questionnai-je en essayant de regarder par-dessus son épaule.
- Tu n’as pas dû assez éplucher son dossier… Car tu aurais vu que notre petit nouveau ne souffre pas seulement de diabète !
De plus en plus perplexe, je finis par m’asseoir et me décidai à l’écouter avec attention.
- Il est indiqué sur la partie médicale qu’il aurait suivi des séances avec un psychologue durant une période… Scofield souffre d’ « inhibition latente
».
- Mais enfin… Qu’est-ce que cela veut dire ?
Une infirmière entra en trombe dans la salle de pause, interrompant cette discussion qui commençait à être intéressante et qui aurait pu me donner des réponses à ces nombreuses questions qui ne
me quittaient pas.
- Katie ! On a une urgence avec un détenu, tu peux nous donner un coup de main ?
- Bien sûr ! J’arrive immédiatement ! Répondit-elle en se levant. Sara, ma puce, je t’expliquerais ça à la fin de notre garde ce soir… Mais ne
t’inquiètes pas pour lui et vas travailler sans te prendre la tête.
A mon tour, je commençai alors calmement ma journée avec les détenus les plus gentils et les plus calmes qui soient. La différence avec ceux de la veille était sans équivoque ! Les
heures avaient défilé comme un éclair et il serait bientôt l’heure du déjeuné. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’aperçus ce cher Charles Westmoreland au bout du couloir.
- Laissez-moi passer ! Hurla-t-il. Je dois voir le Docteur Tancredi immédiatement !
De toute évidence il s’était passé quelque chose, constatai-je en entendant la voix meurtrie de Charles. Vite, je me précipitai à sa rescousse alors que deux gardiens l’encerclaient.
- Messieurs ! Voulez-vous lâcher cet homme ! Grondais-je.
Je n’avais évidemment aucun pouvoir sur eux mais les deux armoires à glaces m’écoutèrent et ôtèrent leurs grosses pattes du vieil homme… ce qui me laissa entrevoir une chose à laquelle je ne
m’attendais vraiment pas.
- Sara ! Il faut que vous m’aidiez ! Sauvez Marilyn, je vous en prie !
Je sentis l’urgence et la supplication dans sa voix mais… un chat ? Aussi ravissante que pouvait être la petite Marylin, je n’avais jamais fait d’études sur les animaux et encore moins pratiqué
de soins…
- Charles, voyons… Je ne suis pas vétérinaire… Tentai-je de lui expliquer. Que lui est-il arrivé ?
- Je n’en sais rien… Je l’ai trouvé comme ça sur mon lit au retour de la pause.
Quel détenu assez immonde aurait pu s’attaquer à cette pauvre bête qui n’avait jamais fait de mal à une mouche ? Me demandai-je alors. Cette agression était de très mauvais goût, en particulier
pour Charles qui aimait cet animal plus que tout.
- Je vous en prie Sara, sauvez ma petite Marilyn !
Devant les yeux suppliant de Charles et sa profonde confiance en moi, je pris l’initiative d’ausculter la minette.
- Très bien, je vais voir ce que je peux faire.
- Merci de tout cœur, ma petite Sara ! Dit-il d’une voix débordante de reconnaissance qui ne manquait pas de me mettre mal à l’aise.
Charles Westmoreland allongea le corps inerte de Marylin sur le lit d’auscultation. J’enfilai alors mon stéthoscope et écoutai son cœur qui ne battait plus que faiblement.
Je n’avais même jamais soigné un animal de ma vie ! Lorsque j’étais enfant, nous avions un chien nommé « Pash » mais c’était davantage ma mère qui s’en occupait tandis que je me contentais de
jouer avec lui et de le câliner.
J’entrouvris ensuite la gueule de l’animal et ouvrit de grand yeux lorsque j’aperçus la couleur anormale de sa langue. Elle était bleue-violette et ne pouvait alors signifier qu’une seule chose
à mes yeux.
- Charles, je regrette… Marilyn a été empoisonnée ! Murmurai-je, peinée de cette découverte.
Le vieil homme porta ses mains à sa bouche avec horreur.
J’écoutai une nouvelle fois le cœur du félin et découvrit alors logiquement que celui-ci s’était arrêté. Malgré ma bonne volonté, je savais que je n’aurai rien pu faire pour sauver Marylin si
elle avait été empoissonné il y avait plus d’une heure.
- Ma… ma petite Marylin… Soupira Charles d’une voix remplie de larmes.
Il passa sa main sur son corps encore chaud et caressa sa jolie robe tigrée. Le vieil homme avait vécu près de dix ans en compagnie de sa minette. Qui pouvait en vouloir assez à un homme aussi
adorable que Westmoreland pour faire une chose aussi atroce ? Me demandai-je en fronçant les sourcils.
- Je suis profondément désolée, Charles.
* *
*
Dans l’après-midi arriva enfin le détenu que j’attendais avec le plus d’impatience depuis ce matin.
- Docteur Tancredi ? S’exclama-t-il en pénétrant dans la salle tout sourire.
- Bonjour Michael.
Intrigué, il s’assit et me regarda sans comprendre.
- Je ne m’attendais vraiment pas à vous voir ici aujourd’hui…
- Ce n’est pas comme ça que vous réussirez à vous débarrassez de moi ! Plaisantai-je.
- Je ne pensais pourtant pas avoir rêvé la journée d’hier… Murmura-t-il alors.
Je levai sur lui un regard profond, plein de reconnaissance et de gratitude. Michael Scofield avait vraiment le triomphe modeste !
- C’est ce que je me suis dit ce matin en me réveillant… Mais je ne vais pas laisser cet incident ruiner ma vie professionnelle… Clarifiai-je.
Il me regarda alors préparer la piqûre d’insuline et observa mon bras bandé.
- Comment va votre bras ?
- Ca va… J’ai été très bien soigné ! Bon, peut-être que je suis un peu moins rapide dans mes mouvements aujourd’hui… Admis-je. Mais je m’en sors
très bien jusqu’à présent.
Michael retroussa alors la manche de sa nouvelle chemise… la dernière ayant servit de pansement à mon bras ! Me rappelai-je en lui injectant sa dose d’insuline. Des images flashèrent soudain
dans ma tête.
Les mains de Michael dans mon cou, sur mes joues…
Moi qui me jetais dans ses bras
et lui qui me serrait de toutes ses forces contre lui…
Ses mains qui se resserraient autour de ma taille
et ses yeux qui plongeaient dans les miens…
Le choc de notre chute et son corps allongé sur le mien…
Ces souvenirs me laissèrent rêveuse et engourdie. Je secouai soudain la tête comme pour les chasser de mon esprit.
- Et vous… Comment s’est passé votre retour en cellule ? Interrogeai-je enfin, après m’être posé la question une centaine de fois en essayant de
trouver le sommeil la nuit passée.
- Les gardiens ont d’abord crû que j’avais essayé de vous faire du mal… Expliqua-t-il d’un ton solennel. Heureusement, Pope a crû à mon histoire, apparemment vous avez éclairci les choses avec lui et je n’ai pas eu de problème… On m’a laissé regagner ma cellule
tranquillement.
Je l’écoutais avec attention. J’avais bien fait d’aller trouver le directeur avant de repartir chez moi… Je m’en serais tellement voulu s’il lui était arrivé quoi que ce soit ou si les gardiens
l’avait envoyé en isolement par ma faute ! Surtout après qu’Henry Pope ait découvert la chemise de Michael autour de mon bras ! Je n’aurais pas voulu qu’il s’imagine quoi que ce soit…
Dans mon intérêt comme dans celui de Michael.
- Merci pour tout Michael… Merci de ce que vous avez fait pour moi ! Murmurai-je sans oser affronter son regard.
- Il n’y a pas de quoi, Docteur. Vous êtes saine et sauve, c’est tout ce qui importe.
- Vous m’avez sauvé la vie !
Dans un élan, Michael saisit alors ma main et la serra dans la sienne comme pour me montrer à quel point notre aventure de la veille l’avait touché.
- Je devais vous aider… Répliqua-t-il alors d’une voix dure et grave.
Nos regards se croisèrent enfin et s'enflamèrent de la même intensité que la veille.
- Michael ! Cria une voix depuis le couloir.
Je me retournai aussitôt et aperçus Lincoln Burrows, menotté et enchainé dans le couloir, encadré de gardiens, comme à chacune de ses visites à l’infirmerie.
- Lincoln !
Michael se leva précipitamment et se précipita jusqu’à la porte de la salle. Il vit alors à travers la vitre fraîchement remplacée, son frère qui attendait.
- Mon frère est là ! S’exclama-t-il à mon attention.
- Je sais Michael… Je vous avais dit que je ferais en sorte que ses bilans de santé coïncident avec vos visites…
Le jeune homme ne quitta pas son grand frère du regard. Il savait que ses jours étaient comptés et qu’il ne pouvait même pas profiter du temps qu’il lui restait à ses côtés. « Quoi de plus
cruel que d’attendre la mort de son frère et de se sentir aussi impuissant », me dis-je en les regardant tous les deux s’échanger des regards tristes à en mourir.
- Je vais vous laisser rejoindre votre cellule, Michael… Lançai-je pour qu’il puisse au moins croiser Lincoln dans le couloir.
- Merci Docteur ! On se voit demain !
Je le regardai quitter la salle et se diriger vers son frère. Arrivé à peine à quelques mètres de lui, un gardien retient violemment Michael par le bras et lui fixa illico ses menottes. Les
deux frères n’avaient même pas eu le temps d’échanger une parole !
* *
*
Enfin ! Je scrutais de long en large mon emploi du temps… J’en étais arrivée au bout ! Cette journée avait été longue et éprouvante, et j’étais encore une fois la seule à finir aussi tard.
D’ailleurs, Katie était déjà partie depuis longtemps chercher ses enfants à l’école ! Soupirai-je en pensant que je n’aurais pas la suite de cette intrigante histoire avant demain.
Mais la curiosité m’emporta encore une fois et je décidai d’appeler le psychanalyste qui était indiqué sur le dossier de Michael Scofield. Tout y était noté, jusqu’à ses coordonnées.
- Oui, bonsoir, je suis désolée d’appeler à cette heure-ci, mais j’aimerais parler au Docteur David George Brighton, s’il vous plait ?
Dis-je d’une voix de miel.
- Vous avez de la chance ! S’exclama la secrétaire. Le Docteur Brighton allait justement quitter son bureau, je vous le
passe !
- Merci beaucoup !
J’attendis quelques secondes en me demandant ce que j’étais entrain de faire ? Que voulais-je savoir exactement ? Il était de toute façon trop tard pour revenir en arrière et je décidai alors
de me jeter à l’eau.
- Bonjour Docteur. Je suis le Docteur Sara Tancredi, je travaille au pénitencier de Fox River et j’aimerais avoir quelques indications sur l’un de mes
patients…
- Je n’aime pas tellement révéler les entretiens que j’accorde à mes patients… Vous devriez savoir que le secret médical me l’interdit, Dr. Tancredi…
- Bien sûr… Mais il s’agit de Michael Scofield ! C’est moi qui m’occupe de ce détenu et … comment dire… J’ai l’impression que je pourrai lui venir en aide !
- Si vos intentions sont pures, alors je peux comprendre. Plaisanta-t-il.
- Il est écrit sur son dossier médical qu’il souffre d’« inhibition latente ». Je vous avoue que je connais très mal ce terme…
- Michael était un patient très spécial et à vrai dire, je l’aimais beaucoup… Commença-t-il d’une voix émue.
Je m’efforçais de ne pas l’interrompre et de ne pas le bombarder de questions. Le Docteur Brighton paraissait décidé à m’en dire un peu plus sur Michael, je n’allais donc pas me faire prier
pour l’écouter attentivement.
- Les personnes qui souffrent d’inhibition latente sont assez rares finalement… Ils voient les objets du quotidien tel que nous les voyons nous-mêmes
comme par exemple une simple lampe… Mais alors que nous nous contentons de nous représenter l’image de cette lampe… ils se la représentent entièrement… avec tout ce qu’elle contient : le pied,
l’ampoule, les vices, jusqu’aux détails du mécanisme à l’intérieur. Leur cerveau est plus ouvert que le notre à tous les stimuli de l’environnement. Continua-t-il d’un ton
monocorde. Des gens normaux comme vous et moi, rejetons ce surplus d’information… Tout simplement pour ne pas devenir fou.
- Je vois… Me contentai-je de dire pour ne pas l’interrompre.
- Cet étrange phénomène occasionne parfois des maladies mentales pour les personnes possédant un faible Q.I. Mais pour ceux d’un fort Q.I., au contraire…
cela fera presque toujours d’eux des génies…
- Vous voulez dire que…
- … que Michael est un génie ? M’interrompit-il. Oui, sans aucun doute !
Ebahis par ce que je venais d’entendre, je restais sans voix de l’autre côté du fil.
- Michael est également un jeune homme très à l’écoute de la souffrance d’autrui. Cela est certainement dû à la perte de ses deux parents. Il est
d’ailleurs devenu sauveteur à une époque… Il était bien moins préoccupé par sa sécurité que par celle des autres !
- J’ignorais tout cela… Murmurai-je, saisie par ces révélations.
- Peu de gens connaissent réellement Michael Scofield, si vous voulez mon avis. Et je pense qu’il est encore moins facile de briser sa carapace
maintenant qu’il est en prison !
- Merci pour tous ces renseignements, Docteur. Ils me serviront pour lui parler, sans aucun doute !
- Si j’ai pu vous aider, j’en suis ravie ! Bonne soirée, Docteur Tancredi.
Le lendemain matin, je me rendais à mon travail à mon heure habituelle. Je décidai de m’arrêter une minute devant la grille qui séparait le chemin de la cour pour tenter d’apercevoir Michael
Scofield. Je le vis, quelques mètres plus loin, entouré de T-Bag et Abruzzi, deux détenus dont il valait mieux se tenir loin d’après ce qu’on en disant.
T-Bag s’approcha de Michael, d’un air menaçant et je l’aperçus lui susurrer quelques mots à l’oreille. Abruzzi attrapa le col du serpent et l’obligea à reculer de quelques mètres.
Je me trouvais toujours postée devant la cour et alors que certains détenus commençaient à me siffler pour attirer mon attention, je finis par continuer mon chemin, jugeant que ce n’était
apparemment pas le moment de déranger Michael.
- Docteur ! Ne vous sauvez-pas ! S’exclama-t-il en avançant vers moi.
- Bonjour Michael. Je suis désolée, je croyais que vous étiez occupé.
Voyant que je m’arrêtais, le jeune homme ralentit le pas et s’avança jusqu’à ce que la grille ne l’arrête.
- Vous vouliez me parler de quelque chose ?
En entendant sa question, je me mis à penser que je paraitrais vraiment idiote si je lui disais que j’avais tout simplement eu envie de lui dire bonjour… Heureusement, cette fois-ci, j’avais une
autre raison. Mais de l’avoir vu avec les détenus les moins dociles de la prison m’intriguait et je décidai tout d’abord d’en savoir plus.
- Je vous ai vu en compagnie de T-Bag et Abruzzi. Je crois savoir que ce ne sont pas les meilleures fréquentations de Fox River… Vous… vous devriez vous
méfier, Michael…
- Merci de votre conseil, Doc’. Mais vous savez, la cour n’est pas très grande et on ne peut pas toujours se cacher dans les coins… A un moment ou un autre, on finit par croiser
des prisonniers moins sympathiques que les autres.
- Sans doute… Répondis-je les yeux dans le vague.
J’espérais vraiment qu’il disait la vérité et qu’il n’était pas mêlé à une affaire quelconque avec l’un des deux hommes car je savais que cela pouvait vite devenir dangereux d’entrer en affaire
avec ce genre de prisonniers.
- Michael… Je voulais vous parler d’autre chose. J’ai relu plus attentivement votre dossier médical et j’ai remarqué que vous aviez été suivi par le Dr. Brighton
pendant un temps… Comme c’est moi qui m’occupe de vos soins, j’ai voulu en savoir plus et je l’ai appelé.
Au fur et à mesure de mes paroles, le visage souriant de Michael se durcit comme à chaque fois que je semblais lui parler de choses qu’il ne voulait pas entendre. Les traits sombres de son visage
et ses yeux endurcis lui permettaient d’entrer dans cette carapace blindée, imperméable à tout sentiment, toute vulnérabilité pour que personne ne puisse décrypter la moindre émotion sur son
visage.
- Ah oui… Et que vous a-t-il raconté ? Questionna-t-il sur un ton méfiant.
- Hé bien, il m’a parlé de votre générosité… de ce don que vous possédez à aller vers les autres, les aider, les écouter…
Le détenu rasait à présent le gazon du regard et me tourna le dos. Visiblement, il ne semblait plus vouloir m’écouter.
- Michael, je ne suis pas devenue médecin par hasard. C’est dans ma nature de tendre la main. Je sais que vous avez fait beaucoup de choses bien avant
d’atterrir ici, que s’est-il passé ?
- L’homme dont vous parlez est mort lorsqu’il a franchit ses murs, je n’ai rien d’autre à ajouter. Me lança-t-il d’un ton solennel.
- Je sentais que vous étiez quelqu’un de bien, Michael. Et aujourd’hui, j’en ai la confirmation… Je vous en prie, ne vous braquez pas… J’aimerais seulement
comprendre ce qu’il vous ait arrivé ? Si vous voulez en parler, je pourrai vous aider…
Il releva lentement la tête et me lança pour la première fois un regard noir sans équivoque. Je su alors que je l’avais touché.
- Je n’ai pas besoin que quelqu’un m’aide, Docteur. Je me débrouille très bien tout seul. Ecoutez-moi… Pour votre bien, je vous conseille de ne plus faire
de recherche sur moi. Croyez-moi, je n’en vaux pas la peine et vous perdriez votre temps. Lâcha-t-il d'une traite.
Blessée par ses paroles que je n’aurais jamais cru entendre de sa bouche, je le regardai à mon tour gravement et continuai mon chemin jusqu’à l’infirmerie.
* *
*
Aujourd’hui, c’était à mon tour d’ausculter Lincoln Burrows.
Aussi invraisemblable que cela pouvait paraître, il était interdit que ce soit la même personne qui établisse son bilan de santé chaque jour. Le directeur était très strict à ce sujet. Comme il
s’agissait d’un condamné à mort, il était hors de question que l’un d’entre nous ne s’attache au détenu ou entretienne quelques liens avec lui. Rien n’était jamais trop sûr, il lui paraissait
tout à fait humain de compatir à sa détresse et de vouloir l’aider… nous avait-il expliqué. Ainsi, nous devions alterner nos visites entre chaque membre du personnel médical. Il m’arrivait
donc de m’occuper de Lincoln, deux ou trois fois par semaine tout au plus.
- Aucun signe de crise cardiaque en vue, Docteur ? Plaisanta Lincoln.
- Absolument aucun. Répondis-je avec le sourire pour le mettre à l’aise.
Ayant terminé mon bilan de santé, je saisis sa fiche quotidienne et y notai mes dernières observations. Lincoln attendait chaque jour qu’un médecin lui annonce qu’il couvait quelque chose ou
qu’il était porteur d’une quelconque maladie, ce qui aurait alors pu repousser l’échéance de sa sentence ; mais il n’en était toujours rien.
- Lincoln… Savez-vous que c’est moi qui m’occupe des soins médicaux de votre frère ?
- Mon frère ? Répéta alors Lincoln comme s’il ne comprenait pas.
- Michael…
- Ah oui ! Ca lui arrive souvent de venir à l’infirmerie ? Questionna-t-il curieusement.
- Plutôt souvent puisqu’il doit recevoir une dose d’insuline quotidienne… Répondis-je alors plus qu’étonnée.
- Bien sûr son insuline ! Mon pauvre frangin n’a vraiment pas eu de chance d’attraper cette saloprie de diabète ! Reprit-il aussitôt.
Je le regardai curieusement, ne sachant quoi penser. Mais je décidai de ne rien ajouter. Lincoln Burrows était certainement l’homme qui était le plus en proie aux maladresses de Fox River, étant
donné l’état de stress intense qu’il subissait à chaque seconde dans l’attente du châtiment ultime.
- Le voilà d’ailleurs. Je vais vous laisser regagner le couloir à votre tour.
- Bien… Merci Docteur ! Me lança-t-il en m’adressant un petit signe reconnaissant de la main.
Je me lavais les mains en attendant que le cadet entre. Pour la première fois, je redoutais un peu de le voir. Je n’avais pas du tout apprécié ces mots de ce matin à mon égard et je trouvais son
comportement de plus en plus étrange. Moi-même, je finissais par ne plus savoir comment réagir.
Michael pénétra enfin dans la salle d’un pas léger et s’assit lentement. Son doux visage était illuminé par un sourire et je sentis son regard se poser sur moi.
- Docteur, je vous demande pardon pour la façon dont je vous ai parlé ce matin… Mes mots ont largement dépassés mes pensées et à vrai dire… j’étais plutôt
de mauvais poils !
Son air joyeux et ses mots ne manquèrent pas de me redonner le sourire à mon tour. Celui-là avait vraiment la technique pour se faire pardonner la moindre chose.
- Inutile de vous dire qu’ici les nuits sont loin d’être réparatrices ! Et je suis quelqu’un qui a besoin de son compte de sommeil pour attaquer sa
journée… hum… en particulier celles que je passe en prison…
- Ca suffit, Michael ! Le coupai-je en m’éclaffant. Vous êtes pardonné ! Arrêtez de vous justifier, ce n’est pas grave.
Michael m’envoya alors le sourire le plus fondant qu’il m’ait été donné de recevoir. Il ôta ensuite sa chaussette pour que je puisse refaire son bandage et arpenta la pièce du regard, de long en
large comme à son habitude. Dans ces moments-là, il me faisait toujours penser à un petit garçon qui découvrait un monde magique.
- Jolies fleurs ! S’exclama-t-il alors après les avoir remarqué sur mon bureau.
- C’est vrai…
- Moi qui voulais vous inviter au restaurant à ma sortie, je suis bien déçu… Je ne savais pas que votre cœur était déjà conquis.
- Oh non, il ne l’est pas… Murmurai-je, mal à l’aise.
- Un admirateur secret alors ?
- Non plus…
- Un ex ?
- …
- Quelqu’un de la prison ?
- Michael ! L’interrompis-je enfin. Elles viennent de mon père.
- Le gouverneur envoie des fleurs à sa fille ! Quelle charmante attention. Pour quelle occasion au juste ?
J’enroulais la bande médicale autour de son pied et pris quelques secondes avant de répondre enfin à sa question.
- C’est mon anniversaire.
- Aujourd'hui ! Vous auriez dû me le dire…
Je lui souris amicalement et baissai les yeux pour ranger mon matériel.
- Bon anniversaire Sara. Murmura-t-il entre ses lèvres.
- Merci ! Répondis-je machinalement.
Je ne vis pas ses yeux, ni l’expression de son visage à ce moment-là, mais il me parut sentir un regard d’une telle intensité sur ma peau, qu’un frison s’empara de mon corps.
- Mmh… D’accord ! Rit-il en haussant les sourcils.
- Quoi donc ?
- Oh rien du tout… Si ce n’est que vous n’avez pas l’air ravi que ce soit votre anniversaire. Comment cela se fait-il ? La fête d’anniversaire en votre honneur de ce soir a été
annulée ? Vous ressentez le poids des années ? Non, reprit-il après un temps d’arrêt. Je ne vois pas comment cela serait possible… Je pencherais plutôt pour la fête
annulée !
Décidément, ses paroles avaient le don de me faire rire malgré ma morosité de ce jour !
- Il n’a jamais été question de fête, je ne peux donc pas être déçue sur ce point. Et pour ce qui est de l’âge… J’ai aujourd’hui 29 ans, et je ne me sens
pas pour autant plus vieille que la veille ! Expliquai-je. C’est seulement que sur mes vingt-neuf anniversaires, mon cher père n’a pu être présent que six petites
fois… Alors à la place, il m’envoie des fleurs.
- Je pensais que vous aimiez les fleurs ?
- Je les aime, bien sûr. Mais je sais aussi que ces fleurs finiront à la poubelle d’ici deux-trois jours. Enfin, ce n’est pas très grave.
- Si vous pensez ce que vous dites, je crois que ça l’est un peu au contraire.
- Absolument pas, je vous assure. Lui souris-je alors comme pour le réconforter. Je vous laisse regagner votre cellule, j’ai une foule de détenus qui
m’attendent.
- Très bien.
- Je vous revois plus tard pour votre dose d’insuline !
Michael ne pouvait décrocher ses yeux de mon visage et de mes cheveux. Ma triste mine de ce jour semblait visiblement l’affecter quelque peu et je le sentis navré de devoir me laisser.
- Je suis désolé que vous ressentiez ça… Surtout à propos des fleurs. Moi qui comptais vous en acheter un beau bouquet le jour de notre rendez-vous, je
vais devoir trouver autre chose… Dit-il en partant.
* *
*
Aujourd’hui encore, ma journée avait été plutôt bien remplie et j’avais soigné, raccommodé, bandé et pansé bien des détenus. A cette heure-ci, il ne me restait que les urgences ou les visites de
contrôle. Heureusement aucune bagarre sérieuse ne semblait vouloir éclater ce soir ! Je n’aurais donc pas de prisonniers sanglants à m’occuper avant de partir.
Mais il restait encore Scofield. Il était vrai que mon planning était complètement surchargé aujourd’hui, et le personnel médical avait donc été contraint de faire passer les cas les plus sérieux
en priorité… ce qui, en fait, nous avait pris toute la journée ! Soupirai-je en pensant qu’il me tardait d’être dans mon lit. Je révisai alors immédiatement cette dernière pensée lorsque
j’aperçus Michael qui m’attendait dans la salle de l’infirmerie pour sa piqûre d’insuline. Je souris alors à la pensée que j’avais commencé ma journée avec lui et que j’allais également la
terminer à ses côtés.
- Arrêtes de le regarder comme ça ma puce, sinon je vais devoir t’offrir une bavette pour ton anniversaire ! S’esclaffa Katie qui me rejoignait dans
le couloir.
- Katie, tu m’as fait peur ! Soufflai-je en lui donnant une tape sur l’épaule.
- On se retrouve ce soir chez moi ? Je vais préparer un petit dîner et un super apéro ! Les enfants sont chez ma sœur ce soir, j’ai prévu le coup !
Dit-elle en m’adressant un clin d’œil. Ce n’est pas tous les jours ton anniversaire !
- Avec plaisir Katie, je te retrouve chez toi dès que j’ai terminé.
- Ca risque d’être encore long si Scofield est ton dernier patient !
- Ca suffit ! M’esclaffai-je à mon tour.
Katie quitta enfin le bâtiment et je me sentis donc plus à mon aise pour retrouver Michael. Katie exagérait vraiment. Ce type était charmant, drôle et intelligent, certes ! Mais il était avant
tout un prisonnier ! Pensai-je en entrant dans la salle.
Aussi étrange que cela pouvait paraître, je le vis la tête au dessus de la grille des canalisations…
- Michael ?
- Oui ? Ah Docteur vous voilà ! Bredouilla-t-il visiblement mal à l’aise à l’idée que j’ai pu le trouver là.
- Est-ce que tout va bien ?
- Je ne sais pas… J’avais très mal au ventre et j’ai eu tout à coup une subite envie de vomir… Je me suis alors précipiter en haut de cette grille…
- Michael… Vous avez un lavabo qui se trouve juste à côté de vous. Lui indiquai-je en arquant un sourcil, déconcertée.
- Je dois me sentir encore plus mal que je ne le pensais ! Plaisanta-t-il en prenant place à mes côtés.
Je préparai alors le nécessaire à son injection d’insuline et enfilai mes gants de latex.
- Pourquoi ne souriez-vous pas aujourd’hui ?
- Je vous demande pardon ?
- Vous êtes d’habitude si fraîche et si joyeuse… Mais depuis ce matin, vous semblez triste. C’est à cause de votre anniversaire ?
J’insérai le liquide dans ma seringue sans prendre la peine de répondre à cette question ni même le regarder.
- Vous avez jeté vos fleurs ! Observa-t-il.
- Hé oui, les bouquets de fleurs ne durent jamais longtemps…
- Mais sans doute plus d’une journée ! Remarqua-t-il. Elles étaient pourtant jolies…
- Elles l’étaient… Mais je n’aime pas m’attacher aux choses quand je sais qu’elles ne dureront pas.
- Est-ce pareil pour les gens ? Me questionna-t-il en plongeant son regard dans le mien.
Cette question fit revenir en moi un amer souvenir qui me glaça le sang… Le visage que je m’étais efforcée d’effacer de ma mémoire réapparut soudain comme si j’avais reçu un coup en plein visage.
« Non… Je m’étais promis qu’il ne reviendrait plus me hanter… »
- Je crois que je suis prudente… c’est tout… Répondis-je enfin en baissant les yeux.
- J’ai l’impression de parler à une petite fille que l’on aurait abandonnée… Murmura-t-il en me souriant.
En entendant ces paroles, j’eus soudain le sentiment qu’il semblait parler en connaissance de cause. Comme s’il connaît par cœur les facettes d’un visage triste et solitaire et les mots que l’on
prononce lorsqu’on n’a pas envie de s’étendre sur le sujet.
- Voilà, j’ai terminé.
- J’aimerais vous inviter à prendre un verre pour votre anniversaire ! Enfin, ça serait dans ma cellule et Sucre serait aussi invité, on n’aurait pas le choix !
- Je vous remercie d’essayer de me faire sourire, Michael… Mais aujourd’hui ce sera dur !
- Qui sait… Répondit-il en me regardant une nouvelle fois de ses yeux malicieux.
Sur ces mots, il quitta donc la pièce, et je me penchai sur mes derniers dossiers à compléter avant de filer chez Katie. Je rangeai ensuite en vitesse mon bureau et saisis mon sac à main. En le
soulevant du bureau, je vis quelque chose tomber sur le sol. Intriguée, je me baissai et ramassai alors ce qui semblait être un petit personnage en papier… Je le regardai plus attentivement et
distinguai alors qu’il s’agissait d’un ange. Je ne savais pas vraiment de qui pouvait venir cette charmante attention mais je devais avouer en avoir une vague idée ! Pas le temps de réfléchir
davantage, Katie m’attendait !
* *
*
Je refermais lentement la porte d’entrée de mon appartement derrière moi en baillant. Il était à présent une heure du matin, mais j’avais passé une excellente soirée aux côtés de Katie ! Quelle
plaisir cela avait été de rire et de plaisanter pendant des heures ! Depuis que nous nous étions rencontrées à Fox River, le courant était tout de suite passé entre nous. Le personnel médical en
était venu à nous surnommer « les inséparables », tant nous avions toujours quelque chose à nous raconter pendant les heures de pause. Elle était bien plus qu’une simple collègue pour moi… elle
était une vraie amie !
Je ne perçus aucune voix de l’autre côté du fil et entendis soudain raccrocher… Cela devait certainement être un faux numéro ! Pensais-je machinalement.
Exténuée, je pris rapidement une bonne douche, qui apaisa le stress de cette journée et enfilai ma nuisette bleue nuit. Pour mon anniversaire, Katie m’avait offert un magnifique bracelet en
argent ! Je l’avais d’ailleurs laissé dans mon sac à main ! Pensai-je en quittant la salle-de-bain.
Trop fatiguée pour rester debout à le chercher parmi le fourbi que contenait mon sac, je m’assis lourdement dans mon canapé et me mis en quête du joli bracelet pour le mettre à mon poignet.
Heureusement, je le trouvai presque aussitôt et l’attachai non sans difficulté à mon poignet. Je remarquai alors le petit ange en papier sur le dessus de mon sac.
« Ca alors ! Je l’avais presque oublié ! » M’exclamai-je tout haut en le contemplant de plus près. L’ange était en papier blanc et les ailes étaient de couleur bleuté. Cela ressemblait un peu à
ce jeu de pliage… Comment cela s’appelait-il déjà ? Me demandais-je en me pinçant les lèvres. C’est un origami ! Trouvai-je enfin. Je n’avais vu personne le poser sur mon sac à main mais je me
doutais néanmoins de la personne qui aurait pu avoir cette attention à mon égard. Je souhaitais d’ailleurs de ton mon cœur que ce soit lui. Mon doute se dissipa quand j’observai le petit ange de
plus près et que j’aperçus quelques mots écris dans le pli d’une aile... La lecture de ces quelques mots emplit mon cœur d’une chaleur inexplicable et un sourire indissimulable apparut aussitôt
sur mes lèvres.
Ce matin en me réveillant, un agréable sourire illuminait mon visage. Prête à attaquer ma journée de bon pieds, je sautai en bas du lit, pleine d’entrain et ouvris
mes volets pour laisser pénétrer les rayons du soleil levant dans ma chambre. Une bien belle journée commençait ! Je saisis le petit ange en origami que j’avais laissé la veille sur ma table de
nuit et sentis les battements de mon cœur accélérer dans ma poitrine quand je relus pour la trentième fois depuis que je l’avais découvert, le petit mot inscrit dans le creux des
ailes.
« Pour une femme exceptionnelle », murmurais-je une fois de plus, avant de le reposer sur ma table de nuit. Cela ne pouvait être que lui !
Je réalisai alors en prenant mon petit déjeuner que j’avais vu à trois reprises Michael Scofield durant la journée d’hier. Il fallait que je me fasse à l’idée que plus les jours passaient, plus
chaque bobo, chaque pause était devenu un prétexte pour partager quelques minutes de plus avec lui. Jamais depuis mon arrivée, je n’avais passé autant de temps avec un détenu, jamais ! Mais
Michael me faisait rire ! Il me fascinait, m’intéressait, m’enthousiasmait… Je crois en fait qu’il me rendait heureuse, tout simplement !
J’arrivai à Fox River en songeant que cela faisait des mois, presque des années que je ne m’étais pas sentie aussi bien que ces dernières semaines. Je me garai
rapidement et avançai à mon rythme jusqu’au chemin qui longeait la vaste et inquiétante cour des détenus.
Tout de suite je l’aperçus. En fait, j’avais moi-même remarqué qu’il ne se trouvait jamais très loin de la grille lorsque j’arrivais le matin. Nos simples « bonjour
» matinaux étaient presque devenus un rituel.
- Bonjour Sara ! Me lança-t-il aussitôt en s’approchant de plus près.
Le soleil brillait mais il faisait terriblement froid ce matin, et de le voir avec son bonnet bleu marine enfoncé sur la tête me fit rire.
- Bonjour Michael ! Il ne fait décidément pas chaud, l’hiver approche ! - Vivement la neige, il me tarde de faire un concours de bonhomme de neige dans la cour avec mes camarades ! Plaisanta-t-il en saisissant
la grille entre ses mains. Vous avez passé une bonne soirée d’anniversaire ? - Oui, c’était très sympa ! Admis-je. D’ailleurs, j’ai trouvé un étrange petit ange sur mon sac hier soir, en partant… Me
risquais-je tout en sachant que je ne me trompais pas.
Il eut alors ce petit air gêné, presque timide sur le visage qui aurait fait fondre une montagne de glace… En fait, c’était tout simplement adorable à observer
!
- Vous avez deviné qu’il venait de moi ? - C’est une charmante attention… Murmurai-je tout en le toisant à travers la grille. Et votre petit mot… - Je le pense ! Me coupa-t-il alors de sa voix intense.
J’aurais voulu le tirer de derrière ce grillage… cette cage dans laquelle il était enfermé et certainement malheureux comme les pierres à chaque fois qu’il regagnait
sa sombre cellule. J’aurais aimé l’emmener au loin avec moi. Juste pour quelques heures… quelques minutes ! Se promener ensemble et parler de nos vies... en toute simplicité ! Cet homme
m’intriguait, m’intéressait, j’aurais tellement souhaité l’avoir rencontré dans un autre contexte ! Songeai-je. Mais la vie n’était décidément pas encore décidée à me sourire.
- Je dois aller travailler… Mon planning n’attendra pas sur moi, et les détenus encore moins ! Expliquai-je en
m’éloignant.
- Alors à plus tard, Docteur ! Me sourit-il avant de regagner le petit groupe avec lequel il discutait avant mon
arrivée.
* *
*
Joyeuse était le mot juste… J’étais joyeuse et heureuse comme je ne l’avais pas été depuis longtemps. En fait, j’avais passé la matinée à sourire bêtement !
C’étaient certainement mes détenus qui avaient dû me prendre pour une folle ! Pensais-je en rejoignant Katie dans le couloir.
Il était midi et nous déjeunions très souvent toutes les deux. La première qui avait terminé son planning attendait l’autre dans le couloir de l’infirmerie ; nous
fonctionnions comme cela depuis plusieurs semaines maintenant, ce qui ne manquait pas d’agacer les autres membres du personnel médical, individualistes à souhait. Je plaignais intérieurement la
pauvre Katie, qui avait dû se sentir seule bien des fois parmi ces énergumènes dénoués d’humanité.
- Ah te voilà, Sara ! Je meurs de faim ! - Salut Katie ! Ta matinée s’est bien passée ? L’interrogeais-je amicalement.
- Oh… Comme d’habitude tu sais… Des bobos par-ci, des bagarres par là… Expliqua-t-elle alors qu’elle ne cessait de
fixer ce sourire indissimulable qui rayonnait sur mon visage.
Katie commençait à bien me connaître maintenant. Je lui avais raconté la plupart des déboires de ma vie et elle avait fait preuve d’une incroyable patience et
gentillesse avec moi. Elle m’avait écouté parler des soirées entières. Nous étions toutes deux des personnes très à l’écoute d’autrui et c’est sans doute ce qui nous avait tant rapprochées. Et je
réalisai alors moi-même que jamais depuis notre rencontre, je n’avais brillé comme aujourd’hui. Je ne pouvais donc que comprendre l’air intrigué qui habitait son visage à ce moment-là.
- Mais toi par contre, tu as l’air d’être en forme ! Et je parierais presque que mon canard à l’orange d’hier soir n’a rien à
voir là-dedans… Plaisanta-t-elle. Il est excellent mais autant que je sache, il n’a pas encore le pouvoir de donner le sourire aux gens ! - C’est vrai Katie, je me sens très bien en ce moment… C’est étrange, mais c’est comme si je me sentais naitre une seconde fois…. Comme si
j’avais enfin tiré un trait sur mon passé pour m’ouvrir au présent… - Tu es gai comme un
pinçon !
J’essayais alors d’expliquer cet étrange sentiment de bien être et de liberté que je ressentais au plus profond de moi alors que nous quittions l’infirmerie et
descendions au rez-de-chaussée de l’aile B.
C’est alors que j’aperçus Michael Scofield à plusieurs mettre de nous, sortant d’une pièce… Et pas n’importe quelle pièce ! Réalisai-je. Le parloir conjugal ! Je
m’arrêtai net à cette vue, aussi surprenante qu’inattendue. Je devinai alors que la réalité s’était décidée à me tomber dessus lorsque je vis de mes yeux la jolie brune qui sortait à son tour et
le tenait par la main.
- En tout cas, je suis heureuse de te voir comme ça, ma grande ! Ca me réchauffe le cœur de… Sara ? Appela Katie,
après avoir remarqué que je ne l’écoutais plus.
Stupéfaite, elle observa mon visage virer petit à petit au blanc livide. Je ne pouvais plus faire un pas… Je restais bouche-bée devant la scène qui se déroulait sous
mes yeux. Cette vision me donnait l’impression de recevoir une gifle en plein visage.
La jeune femme était incroyablement jolie… Et encore, le mot était faible ! Elle était parfaite. Je distinguais de ma place ses jolis yeux noisette, légèrement en
amendes, qui s’accordaient parfaitement avec la rondeur délicieuse de son visage. Ses lèvres étaient pulpeuses et maquillées et sa longue chevelure, brune et bouclée, retenait l’attention de tous
les hommes de la salle. Plus je la fixais, plus je trouvais qu’elle ressemblait à une poupée…
La jeune femme raccompagna Michael jusqu’aux gardiens et se jeta amoureusement dans ses bras avant qu’il ne parte. Je le vis entourer tendrement ses hanches de ses
mains alors qu’elle posait ses lèvres sur les siennes pour l’embrasser langoureusement.
- Hey Katie ! Je te cherche depuis ce matin ! S’écria un gardien dans le
hall.
- Excuses-moi Sara, je vais voir ce qu’il veut et je reviens immédiatement, d’accord ?
Incapable de répondre quoi que ce soit, je sentis mon cœur se serrer très fort dans ma poitrine et une boule venir se coincer dans ma gorge. Au moment même où je me
décidai à me retourner pour sortir et ne plus voir cet horrible spectacle, je vis la poupée brune s’avancer vers moi.
- Bonjour Docteur ! Me dit-elle en souriant.
Je remarquai immédiatement son étrange accent qui devait venir des pays de l’Europe de l’est… Il était totalement assorti à sa beauté et ses courbes parfaites. Mais
pourquoi venait-elle vers moi ? Me demandais-je alors, encore sous le choc.
- Bonjour. Réussis-je à articuler.
- Je crois que c’est vous qui vous occuper de Michael Scofield ? - En effet… - Il n’arrête pas de me parler de
vous ! Vous devez être un très bon docteur !
Je restais sans voix à l’écoute de ses paroles. J’avais comme l’impression que son accent renforçait encore davantage la force de ses paroles.
- Je suis heureuse qu’il y ait au moins une personne sur qui mon mari puisse compter ! Je voulais vous remercier pour ce que vous
faites.
Elle l’avait dit… Michael était son « mari » ! Ses mots m’avaient frappé en plein cœur, ne me laissant aucune chance de contrôler mes émotions.
- C’est normal… C’est aussi mon métier d’écouter les détenus qui ont envie de parler. Répondis-je en sentant la boule
qui serrait de plus en plus fort ma gorge.
- Je suis également certaine qu’en tant que professionnelle, vous savez mettre des barrières. Continua-t-elle en
changeant de ton. Bonne journée Docteur, à bientôt !
A peine eut-elle tourné les talons de ses jolies chaussures que je courus le long du couloir à en perdre haleine jusqu’à passer la porte du pénitencier. Une fois
dehors, je repris mon souffle, pliée en deux, les mains sur mes genoux. Je n’aurais pas pu rester une seconde de plus à l’intérieur, je sentais que j’allais étouffer.
A présent à l’air libre, il me semblait respirer mieux… Mais des larmes virent alors obscurcir ma vue et roulèrent sur mes joues. Je me sentais à cet instant,
terriblement bête et ridicule… Mais surtout profondément trahie ! Trahie dans mon fort intérieur. Triste et blessée, je décidai alors de ne pas attendre Katie et préférai rentrer chez moi pour la
pause déjeuner. Elle était si heureuse de me voir joyeuse ce matin… je n’aurais pas voulu qu’elle me voit dans cet état.
* *
*
Déjà l’heure de reprendre le chemin de Fox River était arrivée. Ce midi, je n’avais rien pu avaler. Mon ventre était noué par l’angoisse et mon cœur… mon cœur déjà
si fragile avait pris un nouveau coup.
Ah le misérable ! Pensais-je encore. Il s’y était vraiment bien pris pour avoir ma confiance avec ses sourires et ses yeux doux ! Je me sentais terriblement idiote
d’avoir été aussi naïve. Je lui en voulais… je lui en voulais vraiment de ne pas avoir été franc avec moi depuis le début. Mais cela me permit de réaliser que je commençais à perdre pieds en
ayant misé tous mes espoirs et tous mes sourires sur cet homme. Et puis je devais vraiment être sur un nuage très lointain pour avoir oublié un point essentiel dans cette histoire : Il était
interdit de sortir avec un détenu sous peine de se voir renvoyer ! Enfin… que m’arrivait-il ? Moi qui aimais tant mon travail et qui était si rigoureuse, j’en avais oublié la règle principale à
ne pas transgresser ! Et puis… Comment ai-je pu être inconsciente au point de pouvoir croire qu’il ressentait quoi que ce soit pour moi ?
« Tu rêves ma pauvre fille ! » Pensais-je alors en franchissant les portes du pénitencier d’un pas non chaland.
- Sara, tu es là ! Où étais-tu passée ? Je n’ai pas arrêté de t’appeler pour savoir où tu étais ! - Je suis désolée Katie… Je n’ai pas dû entendre mon portable. Je… j’ai dû aller faire une course, j’ai
complètement oublié de te prévenir ! Bredouillais-je gênée.
- Ne me racontes pas d’histoire, je t’en prie ! Je te connais bien maintenant et je ne suis pas tombée de la dernière pluie, tu
sais…
Je lançai alors à Katie un regard navré. Bien sûr qu’elle savait ! Mais je ne pouvais pas lui parler de ce qui me traversait le cœur… Ma voix tremblait déjà un peu
alors je ne voulais pas risquer de parler de ça maintenant, de peur de me laisser aller aux larmes. D’autant plus que j’allais devoir affronter le regard de Scofield, cet après midi même, pour sa
piqûre !
- J’ai vu la même chose que toi ce matin… Et crois bien que je suis tombée de haut moi aussi. Je ne pensais vraiment pas que
Scofield pouvait être…
- Sara ! Cria une voix de l’autre côté de la grille.
Mon Dieu ! Soupirai-je en reconnaissant la voix de Michael. Je fis mine de ne pas l’entendre et continuai d’avancer aux côtés de ma collègue.
- Le Don Juan t’appelle, ma belle ! Tu devrais aller lui parler, tu sais… - Ah Katie, j’en ai marre que tu ais toujours raison ! Grimaçai-je en souriant. Je te retrouve plus tard.
- Sara ! Appela-t-il de nouveau, tout contre la grille.
Je laissai donc Katie entrer dans le bâtiment sans moi. Je pris une grande respiration pour me donner du courage, fis volte-face et retournai sur le chemin qui
longeait la cour.
- Bonjour ! Me sourit-il alors. Je pensais que vous ne m’aviez pas vu… - Je vous avais vu… Répondis-je d’une voix glaciale.
Mes mots jetèrent immédiatement un froid entre nous, comme pour préparer la discussion qui allait suivre.
- Mes félicitations, Michael ! Elle est superbe. Dis-je alors d’une voix amère.
- Mais enfin de quoi parlez-vous ? - De votre femme, bien sûr !
Michael en resta figé sur place, comme si mes mots avaient résonnés dans tout son être. Et apparemment ils avaient sonnés juste.
- Je suis terriblement déçue de m’apercevoir que vous avez été faux depuis le début avec moi,
Michael… - Ne dites pas ça… - Je pensais que vous étiez différent des autres, mais j’avais tort… - Sara, vous n’avez pas comprit ! S’exclama-t-il en essayant de capter mon regard.
Et je les sentais sur moi… Ses yeux remplis de tendresse et de remord. Je dus prendre énormément sur moi à ce moment-là pour ne pas lever les yeux et prendre le
risque de croiser les siens.
- Sachez qu’étant l’une des rares femmes qui travaillent dans ce pénitencier, je suis plutôt habituée aux tentatives de drague des
prisonniers… Mais j’avoue que jamais encore je n’avais été touché. Expliquai-je en fronçant les sourcils, émue. Vous savez choisir vos mots, Michael, bravo ! Votre
petit jeu de séduction était admirable, mais vous avez fini par faire un faux pas. Je ne vous fais plus confiance à présent. - Sara… - C’est terminé tout ça ! Dorénavant,
tenons-nous en à : « Bonjour Monsieur Scofield », puis piqûre d’insuline suivit d’un « Au revoir Monsieur Scofield ». - Je vous en prie, écoutez-moi…
Devant ses complaintes, mon cœur se serra à nouveau. Celui qui m’avait tant fait sourire depuis plusieurs jours étaient à présent entrain de me faire souffrir. Je
serrai les dents et relevai la tête pour affronter son regard.
- Vous avez tout gâchez Michael… Murmurai-je d’une voix affectée avant de tourner les
talons.
* *
*
Cet après-midi, mon planning était moins rempli que les jours précédents. Cela tombait plutôt bien car je n’avais pas vraiment le cœur à ausculter un nombre infini
de personnes aujourd’hui.
Pensive, je regardais à travers la fenêtre de l’infirmerie. La cour était déserte, les TP étaient certainement terminés depuis quelques heures.
- Vous me paraissez bien rêveuse, Doc’ !
Surprise par cette voix dans mon dos, je sursautai. Bellick ! Observai-je alors. Le Capitaine des gardiens se tenait devant moi, tout sourire et mielleux à
souhait.
- Bonjour Brad ! Je ne vous avais pas entendu arriver. - On dirait que c’est plutôt calme aujourd’hui. Remarqua-t-il.
- Oui, cela ne me fait pas de mal de ne pas travailler dans le stress aujourd’hui. Je dois avoir seulement deux ou trois détenus à voir
avant la fin de la journée.
Bellick me regardait comme un animal qui louchait sur une pâtisserie ! Il avait toujours l’air d’avoir très chaud lorsqu’il s’approchait de moi… Et s’il se mettait à
me parler, de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front et il perdait souvent la belle assurance dont il se ventait devant ses collègues.
- Ecoutez Sara, je crois que nous sommes partis sur un mauvais pied… Me dit-il d’une voix douce que je ne lui
connaissais pas.
Je le vis caresser mes longs cheveux du regard. Je reculai d’un pas instinctivement… j’étais à présent collée contre la fenêtre ! Impossible d’aller plus loin
!
- Lorsque nous nous sommes rencontrés, vous étiez dans une très mauvaise période, mais cette fois vous semblez
aller mieux… - Heu… détrompez-vous… Bredouillais-je sans savoir comment le
repousser.
- Je me demandais si cette fois vous accepteriez de dîner avec moi ? On pourrait aller chez moi et je ferais la cuisine !
J’habite Park Avenue ! M’indiqua-t-il en se rapprochant davantage de moi.
- Désolé de vous interrompre, Boss ! Mais c’est l’heure de ma piqûre d’insuline et je ne crois pas que vous voudriez retarder le
planning du Docteur Tancredi…
Bellick se retourna alors avec effroi. Qui venait donc l’interrompre dans sa déclaration solitaire ?
- Scofield ! Rugit-il.
Celui-ci se tenait alors devant lui, tout sourire, comme fière de lui.
- Sale petit… -
Capitaine ! Le coupai-je alors. Monsieur Scofield a raison. Il ne faut pas que je me mette en retard sur mon emploi du temps.
Bellick recula alors, dépité, et lui lança un regard qui jurait vengeance avant de remettre sa casquette sur son crâne et de quitter l’infirmerie d’un pas lourd… si
lourd que je me demandai alors comment je ne l’avais pas entendu arriver tout à l’heure…
Devant ma mine défaite, Michael perdit aussitôt son sourire. Je préparai le nécessaire à son injection sans un mot et baissai la tête pour ne pas le voir. Jamais
depuis sa première visite à l’infirmerie, nous n’étions restés sans rien dire…
- Votre bras… Demandai-je sans le regarder.
- Sara, je ne veux pas que vous pensiez que j’ai été faux… - C’est pourtant le cas ! Murmurai-je.
- Je ne me suis mariée que… par intérêt ! Elle s’appelle Nika et elle avait besoin d’une carte verte, je l’ai simplement aidé à
s’en sortir… - En échanges de ses faveurs, je suppose… Un homme est un homme, il est
évident que vous ne faites pas parti des exceptions. - Bien sur que non !
Répliqua-t-il. Sara, je vous ai dit l’autre jour de ne pas chercher à en savoir plus sur moi… Encore une fois, c’est dans votre intérêt. Je ne voudrais pas vous causer
d’ennuis. C’est la dernière chose que je voudrais ! Soupira-t-il.
Les yeux fixés sur son bras, je saisis ma seringue et la plantai machinalement dans sa chair puis lui injectai le liquide. Mon esprit était totalement embrouillé et
ses dernières paroles ne m’aidaient pas à y voir plus clair. Qu’avait-il d’autre à cacher ?
Cette fois-ci, je ne pris pas mon temps pour ranger mon matériel, comme il m’était déjà arrivé de le faire pour prolonger nos discussions… Je n’avais ni envie de lui
parler ni même de le voir. Je désinfectai immédiatement le point d’injection pour qu’il puisse partir.
- Voilà, vous pouvez regagner votre cellule.
Je le vis redescendre la manche de son pull le long de son bras et me retournai pour enlever mes gants médicaux. Je ne voulais pas le regarder partir.
- Sara ! Murmura-t-il dans mon dos.
Il s’avança alors lentement vers moi et me fit face. Il porta ensuite sa main à mon visage pour tenir mon menton entre ses doigts et me forcer à le regarder.
Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine et je sentis les larmes me monter aux yeux. Piégée par mon cœur, je me mordis la lèvre, et levai la tête pour affronter son regard le plus
saisissant.
- Vous devez me croire… Nika ne signifie absolument rien pour moi. Dit-il d’une voix suave.
Mes yeux plongèrent alors dans les siens et ce sentiment qui ne me rendait plus maitre de mon esprit et de ma raison s’empara à nouveau de moi.
- J’ai toujours été sincère avec vous. S’il y a encore une toute petite partie en vous qui me fait confiance… alors suivez-là, parce que
je n’ai jamais eu l’intention de vous blesser.
Il me transperça à nouveau de son regard enflammé et laissa glisser sa main de mon menton. Il m’adressa un dernier regard de supplication et me laissa complètement
désorientée en repartant dans le couloir.
* *
*
Ce soir-là, je rentrais chez moi totalement bouleversée par cette journée ! Il s’était passé tellement de choses qu’elle me parut avoir duré une semaine !
Usée par une fatigue tant morale que physique, je m’allongeais sur mon canapé et décidai d’allumer la télévision pour me changer les idées. Comme il faisait un peu
frais, je tendis le bras pour attraper le plaide couleur crème qui était plié sur l’accoudoir et le tirai jusqu’à moi.
A peine commençai-je à me relaxer que le téléphone sonna. Cela devait surement être Katie ! Pensais-je. Je ne l’avais pas recroiser depuis le début de l’après-midi,
elle voulait certainement savoir comment j’allais. Elle était si adorable avec moi !
- Allô ?
- (…)
- Allô ??
- (…)
- Katie, c’est toi ?
- (…)
- Qui est à l’appareil !! M’énervais-je.
Ce matin j’avais eu beaucoup de mal à me lever. J’avais fait durer ma douche plusieurs minutes et m’étais reprit à deux fois pour choisir mes vêtements. Il avait fait un si beau temps la semaine
dernière et voilà que le thermomètre affichait 5°C ce matin. Le temps est si changeant…. Il ne l’est surement pas autant que mon humeur ! Songeai-je en appuyant mon front contre la vitre gelée du
salon. Je ne pouvais m’empêcher de repenser à la journée d’hier. En l’espace d’une minute, mon sourire avait de nouveau fait place à la déception. Moi qui pensais pourtant que Michael Scofield
était différent…
Je scrutai alors l’avenue sur laquelle donnait ma fenêtre. De si bonne heure, des dizaines et des dizaines de gens marchaient d’un pas rapide dans la rue. Tous aussi pressés et peu préoccupés par
ceux qu’ils croisaient, les uns que les autres. Et pourtant… Ils avaient tous en eux quelque chose en tête qui les poussait à s’activer… Courir à leur travail pour que la journée passe plus vite
et retrouver sa famille le soir, se précipiter dans les magasins pour faire du shopping, rejoindre un être cher… Tous, absolument tous, naviguaient au milieu de cette mêlée avec un but précis.
Pourquoi avais-je l’impression que moi je n’en avais toujours pas ?
Tout était si calme à cette heure. Pensais-je alors que je savais que dès que je serais arrivée à mon travail, les secondes fileraient entre mes doigts au rythme effréné des détenus à
ausculter.
La sonnerie du téléphone retentit soudain, me sortant de mes songes.
- Allô ? Décrochai-je rapidement en m’apercevant de l’heure qu’il était. - (…)
- Qui est-ce ?? - (…)
Je me souvins alors du coup de fil de la veille où je n’avais pas trouvé d’interlocuteur non plus.
« Clic »
Tant pis ! Décidai-je en dévalant précipitamment les marches de l’escalier de mon immeuble. Avec mes rêveries, j’allais bien finir par être en retard !
Cette pensée se confirma quand je croisai Katie dans le couloir. Jamais depuis mon arrivée, elle n’était arrivée avant moi car non seulement j’arrivai toujours très tôt, mais Katie devait déposer
ses enfants à l’école avant d’arriver enfin à Fox River.
- Salut ma belle !
- Salut Katie ! Bon sang, je suis en retard… J’ai été prise dans les bouchons, une horreur ! Soufflai-je en enfilant ma blouse.
Si j’avais dit à Katie que l’incident de la veille m’avait perturbé toute la soirée, je savais que nous aurions dû en reparler au déjeuner… et je ne désirais toujours pas partager mon sentiment
pour le moment. Je me forçais donc à garder le sourire et à utiliser le prétexte de la mauvaise circulation pour m’expliquer. Après tout, qui n’avait jamais servi cette excuse une fois dans sa
vie ?
- Dis Katie… Est-ce que tu as essayé de m’appeler hier soir… Ou ce matin ?
- Oh non. J’étais chez mon frère hier soir et je suis rentrée tard. Pourquoi ça ?
- Rien… Ce n’est pas grave. Lui souris-je. Je te retrouve à midi !
- Pas de faux plan cette fois ! Me taquina-t-elle en partant.
Vite, je rejoignis mon premier détenu qui attendait déjà dans l’infirmerie.
- Docteur Tancredi, votre prochain patient est déjà dans la salle, je l’ai fait entrer. M’annonça Sherry Glow, la jeune infirmière portugaise.
- Merci Sherry, vous avez bien fait !
J’entrai précipitamment dans la salle et saisis le dossier médical de mon patient.
- Bonjour Benjamin !
- Bonjour Docteur. Grommela-t-il d’une voix grincheuse.
J’observai alors son visage criblé de coups et les bleus qui parcouraient ses joues.
- Mon Dieu ! Que s’est-il encore passé ? Demandai-je tout en sachant que je n’aurai pas de réponse.
Benjamin Franklin était un détenu noir et n’était jamais le dernier à contribuer aux bagarres des clans noirs contre blancs. Ce n’était un secret pour personne. Mais aussi violent qu’il se
laissait paraître, je ne le sentais pas si méchant que cela.
- Très bien, Benjamin. Ne bougez pas, je vais désinfecter tout ça.
- C’est vous le Doc’, Doc’…
Une fois ses blessures pansées, je remarquai une carte familière dépasser de sa poche.
- Benjamin vous travaillez au T.P. ? Demandai-je étonnée.
- Ouais Doc’ ! Le Capitaine Abruzzi m’a enfin laissé entrer dans le rang.
Je songeais alors qu’il devait travailler avec Michael et me demandais comment deux hommes aussi différents qu’ils l’étaient arrivaient à s’entendre dans un espace réduit.
- Bien… Je suis ravie pour vous. Répondis-je déconcertée. Faites attention en tout cas !
- A la prochaine, Doc’ ! Me lança-t-il en partant.
A peine eu-je le temps de m’asseoir à mon bureau pour observer mon planning que le prochain détenu entra.
- Bonjour !
Michael entra timidement dans la salle et vint s’asseoir. Assise à mon bureau, je tournai la tête pour regarder son visage d’ange. Précisément celui qu’il avait à cet instant. Ses yeux aux
couleurs indescriptibles me fixaient avec douceur et son sourire léger venait appuyer son air de petit saint.
- Bonjour Michael. Le saluai-je à mon tour en le rejoignant.
- Je ne suis pas mécontent qu'une nouvelle journée se lève…
- Ah oui et pourquoi donc ? Demandai-je d’une voix neutre, les yeux pointés sur ma seringue.
- Parce que je n’ai pas du tout aimé celle d’hier. Répondit-il d’un air grave.
« Et moi donc ! » me dis-je silencieusement. J’aurais mille fois préféré que cela ne se passe pas comme cela. Il savait très bien que je voyais où il voulait en venir mais je ne voulais pas lui
faire le cadeau de lui dire que ça n’avait pas d’importance.
La sonnerie de mon téléphone portable me fit alors sursauter !
- Excusez-moi Michael, j’attends un appel, je dois répondre.
- Je vous en prie.
J’étais certaine que c’était mon père. J’avais encore essayé de le joindre maintes et maintes fois la veille sans parvenir à le joindre. Et je savais que son moment préféré pour me rappeler était
pendant les heures de mon travail. Soupirai-je en décrochant.
- Allô ? - (…)
- Oui Allô ?? - (…)
- Papa ?
« Clic »
- Bon sang ! M’exclamai-je furieuse en me faisant raccrocher au nez pour la troisième fois en deux jours. Et sur mon portable cette fois !
Je rangeai mon téléphone et retournai au bras de Michael les sourcils froncés.
- Quelque chose ne va pas ? Se risqua-t-il devant ma mine sérieuse.
- Non rien de grave. Juste que je collectionne les erreurs de numéros en ce moment.
Ce fut à son tour de froncer les sourcils.
- Ah oui ?
- Oui mais ce n’est pas important. Conclus-je rapidement.
Je sentis à travers le regard de Michael qu’il s’inquiétait pour moi. Il était vrai que ces appels anonymes commençaient à me préoccuper un peu. Mais je décidais de ne pas y accorder d’importance
continuant à penser aux « faux numéros ».
- Voilà Michael, je vous laisse repartir.
- Non Docteur, attendez.
Je me retournai alors, surprise et me retrouva nez à nez avec lui. Il était dressé devant moi et un air grave et solennel se lisait sur les traits de son visage. Sa façon de poser ses yeux sur
moi continuait de me paralyser malgré les récents événements.
- Je voudrais vous remercier.
- Me remercier… Répétai-je, déconcertée
- … pour tout ce que vous avez fait pour moi.
Mais enfin que disait-il ? Me demandai-je tout alors que mes yeux faisaient des allers et venus entre la porte et son visage. Je n’aurais pas voulu que quiconque me voit discuter avec Michael
après sa consultation et encore moins aussi proche qu’il l’était de moi.
- Vous avez compris beaucoup de choses en moi que la plupart des gens n’a jamais pris la peine de voir. Sara, sachez que s’il vous arrive un jour le
moindre problème, vous pourrez toujours compter sur moi. Murmura-t-il en approchant sa main de mon visage.
Complètement paralysée par la situation, je sentis sa main caresser ma joue. Ce contact me donna la chair de poule et fit battre mon cœur à tout rompre dans ma poitrine.
- Pourquoi me dites-vous cela ?
- Parce que s’il y a bien une chose que je sais c’est que la vie nous réserve bien des surprises. Et qui sait si un jour vous avez besoin de moi… Si tenté que vous vous souveniez de
moi…
Je souris alors à cette idée. Aussi fou que cela pouvait paraître, je savais d’ores et déjà que je ne pourrai jamais l’oublier.
- Et si un jour vous doutez de vous, rappelez vous toujours les mots inscrits sur l’ange en origami. Ajouta-t-il en plongeant littéralement son
regard dans le mien. Il symbolise exactement ce que vous avez été pour moi dès la première minute… et celui que je serais si un jour vous avez besoin de moi…
- Enfin Michael… Dis-je en reculant. Je ne comprends rien ! Pourquoi me dites-vous tout cela ? Ca… ça ressemble fortement à des adieux !
Constatai-je avec horreur.
- On ne sait jamais quel jour peut être le dernier dans cette prison…
Ces mots me glacèrent le sang. Il était si près de mon visage que l’envie de poser mes lèvres sur les siennes me brûlait.